Cette femme de 51 ans a perdu sa fille: "J'avais deux options, me jeter sous un tram ou continuer à vivre"

Gwenaëlle a choisi de continuer à vivre grâce au soutien de ses proches.

Gwenaelle a dû choisir entre se laisser lentement mourir ou continuer à se battre après avoir perdu sa fille dans un accident il y a 7 ans. Malgré la douleur, elle a pu compter sur le soutien de ses proches ainsi que celui d'autres parents dans le même cas qu'elle pour continuer à avancer.

Au micro d'Olivier Delacroix sur Europe 1, cette mère de famille a décidé de se confier et de partager son parcours.

Source : Dailymotion / Europe 1

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"Nous avions confié notre fille à un camp scout en Belgique. Elle et ses amies se sont assises sur une chaîne à l'entrée de deux colonnes de pierre qui délimitaient la propriété où le camp avait lieu. Le poids des petites filles sur la chaîne a fait basculer une des colonnes de pierre. Ma fille a reçu 600 à 800 kilos de pierre sur la tête. Elle est donc décédée sur le coup."

"Sur le moment, on ne prend pas la mesure de ce qui s'est passé. On comprend juste que le décès a eu lieu. On était en France et on a reçu un coup de fil de la police belge. On a dû croire sur parole cette voix au téléphone qui nous annonçait ça."

 

"Au début, on ne se rend pas compte de tout ce qui va s'en suivre. On est un peu en navigation à vue, on fait ce qu'on peut. Les premières semaines, les premiers mois, le challenge de la journée c'est de se lever, de se nourrir, et de se recoucher le soir. Et si on a passé une journée, on est déjà content. "

Gwenaëlle raconte ensuite que parmi ses proches, la plupart ne savaient pas comment gérer la situation et se sont éloignés car ils ne savaient pas quoi lui dire ni quoi faire.

"Au début, on ne le prend pas très bien, parce qu'on a besoin d'aide et qu'on s'attend à ce que nos amis proches soient là. À l'inverse, il y a aussi des gens que l'on connaissait peut-être moins bien qui, par leur vécu, ne vont pas avoir peur de vous. Ils vont venir vers vous, sans que vous ne l'ayez demandé. Tout le paysage amical bouge."

Par la suite, elle a vu un psychologue. Mais sa manière de travailler ne lui convenait pas. Celui qu'elle voyait était beaucoup plus dans l'écoute, une chose dont elle ne ressentait pas le besoin puisqu'elle parlait déjà avec ses proches. Ce dont Gwenaëlle avait besoin, c'était de réponses et de solutions pour traverser ce deuil qui lui était inconnu.

"Très rapidement, je me suis dit que j'avais deux options. La première, c'était de me jeter sous un tram, et l'autre c'était de continuer à vivre. Je me suis dit qu'à partir du moment où je choisissais que je continuais à vivre, il fallait le faire le mieux possible. J'ai vraiment saisi toutes les mains tendues, toutes les perches possibles."

Elle a donc commencé à travailler sur la phase de l'acceptation. Accepter que sa petite fille n'était plus, et que son décès changerait sa vie pour toujours.  Un passage obligé très difficile à vivre pour Gwenaëlle.

"Mais sept ans après, ça ne m'empêche pas de vivre, d'avoir plein d'activités, de revoir du monde, de rigoler… d'avoir une vie presque normale. En apparence en tout cas."

Source:  Shutterstock

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Si elle a pu remonter la pente, c'est aussi grâce à son mari et son fils. Elle a également parlé des problèmes que peuvent créer la perte d'un enfant au sein d'un couple.

"Il faut accepter que l'autre ne va pas réagir de la même manière au même moment, de manière synchrone. On ne va pas avoir les mêmes souvenirs au même moment, les mêmes pensées, les mêmes réactions."

Gwenaëlle et son mari ont rejoint une association en Belgique qui regroupe des parents qui ont eux aussi perdu un enfant. La mère de famille dit que de pouvoir rencontrer des personnes dans la même situation qu'elle a été très précieux pour elle et lui a fait beaucoup de bien.

"Quand on perd un enfant, on peut se sentir extrêmement isolé. On a des réactions et des pensées nouvelles, une manière d'être différente. On peut très vite se sentir différent de tout le monde. C'était important de gérer cette question de santé mentale, de se dire qu'on n'est pas en train de perdre la boule."

Source : Shutterstock

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En France, une telle association existe aussi. Elle a pour nom Jonathan Pierres Vivantes. Elle accueille également les parents qui ont perdu un enfant, et organise des groupes de parole.

"La vie que j'ai aujourd'hui n'est pas celle dont j'ai rêvé puisque ma fille n'est plus là, et qu'au lieu d'être quatre, on est trois. Beaucoup de choses autour ont aussi changé. J'ai changé de travail, ma manière de voir les choses… Toutes les choses qui me paraissaient stressantes ou importantes ne le sont finalement peut-être pas tant que ça. On aborde la vie de manière très différente."

Même si elle sait qu'il y aura toujours des moments compliqués, Gwenaëlle continue de faire de son mieux pour vivre aussi bien que possible. Les moments compliqués restent les grandes occasions et les étapes importantes, comme ses 50 ans qu'elle a dû fêter sans sa fille.