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David Bowie I Source : Getty Images
David Bowie I Source : Getty Images

Il y a dix ans David Bowie a fait ses adieux au monde avec Blackstar

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08 janv. 2026
11:10

Le 8 janvier n’est pas qu’une date ordinaire. Ce jour-là, en 2016, David Bowie offrait au monde Blackstar, son dernier album, deux jours seulement avant sa disparition. Une œuvre testamentaire, dense et bouleversante, qui transforme sa mort en un ultime geste artistique.

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Il est des dates qui, à première vue, ne portent rien d’exceptionnel. Elles ne sont ni fériées, ni célébrées, ni officiellement consacrées par l’histoire. Et pourtant, avec le recul, certaines d’entre elles s’imposent comme des balises secrètes de la mémoire collective, des points de convergence où l’art, le temps et le destin semblent s’être donné rendez-vous. Le 8 janvier appartient à cette catégorie discrète mais chargée de sens.

Au fil des décennies, cette date est devenue le point de naissance d’œuvres musicales majeures, parfois triomphales, parfois crépusculaires. Des chansons et des albums qui, sortis ce jour-là, ne racontent pas tant une stratégie commerciale qu’un moment de vérité artistique. Un instant rare où l’artiste ne cherche plus à séduire, mais à dire l’essentiel. À se dire, parfois au seuil de l’irréversible.

David Bowie se produit sur scène lors de sa tournée Ziggy Stardust/Aladdin Sane à Londres, en 1973 I Source : Getty Images

David Bowie se produit sur scène lors de sa tournée Ziggy Stardust/Aladdin Sane à Londres, en 1973 I Source : Getty Images

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Parmi ces œuvres, une s’est imposée comme un repère absolu. Un disque dont la sortie, à elle seule, a transformé le 8 janvier en date de recueillement musical. Le 8 janvier 2016, David Bowie fête ses 69 ans. Ce jour-là, il offre au monde Blackstar. Un album dense, troublant, presque inquiétant. À cet instant précis, personne — ou presque — ne sait encore que l’artiste mourra deux jours plus tard, le 10 janvier 2016, des suites d’un cancer tenu secret jusqu’au bout. Personne, sauf peut-être lui.

La nouvelle de sa disparition, annoncée au matin du 11 janvier, provoque une onde de choc mondiale. Fans, artistes, anonymes découvrent alors que Blackstar n’était pas un simple retour discographique, mais un adieu minutieusement composé. L’album se transforme soudain en testament sonore, en message posthume laissé à ceux qui sauraient l’écouter.

David BOWIE, en concert sur scène lors de la tournée Philly Dogs I Source : Getty Images

David BOWIE, en concert sur scène lors de la tournée Philly Dogs I Source : Getty Images

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David Bowie n’a jamais été un musicien comme les autres. Depuis les années 1970, il a traversé les époques en les devançant : du glam rock flamboyant de Ziggy Stardust à l’électronique froide de la trilogie berlinoise (Low, “Heroes”, Lodger), en passant par la soul blanche de Young Americans, la pop sophistiquée des années 1980 ou les expérimentations industrielles de Outside. Bowie n’a cessé de se réinventer, faisant de la mutation non pas une stratégie de carrière, mais une identité artistique.

Blackstar s’inscrit pleinement dans cette logique, mais en la poussant à son point ultime. Dès les premières notes, l’album dérange, intrigue, déroute. Ici, pas de refrains évidents ni de mélodies rassurantes. Bowie convoque le jazz contemporain, s’entoure de musiciens issus de la scène new-yorkaise, emprunte à l’électronique, au rock expérimental, et construit des morceaux aux structures éclatées. Les chansons semblent respirer difficilement, comme suspendues entre deux mondes — celui des vivants et celui qui s’annonce.

David Bowie en concert vers 1987 à New York I Source : Getty Images

David Bowie en concert vers 1987 à New York I Source : Getty Images

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Le morceau-titre, Blackstar, est emblématique de cette démarche. Long, hypnotique, presque liturgique, il s’ouvre comme un rituel funèbre. Les paroles sont obscures, symboliques, peuplées d’images de mort, de renaissance et de disparition. À l’époque de sa sortie, elles intriguent. Après la mort de Bowie, elles bouleversent. Chaque mot semble soudain chargé d’un sens nouveau, chaque silence devient signifiant.

Bowie n’écrit plus ici pour raconter des personnages fictifs. Il écrit pour se raconter sans se nommer. Il parle du corps qui lâche, du temps qui s’achève, de l’artiste qui accepte de s’effacer tout en contrôlant la mise en scène de son départ. Car Bowie, jusqu’au bout, reste maître de son récit. Même face à la maladie, il choisit la création.

Le chanteur anglais David Bowie se produit sur le tournage de son clip vidéo « Jump They Say » à Los Angeles, en Californie, en mars 1993 I Source : Getty Images

Le chanteur anglais David Bowie se produit sur le tournage de son clip vidéo « Jump They Say » à Los Angeles, en Californie, en mars 1993 I Source : Getty Images

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Ce 8 janvier-là, Bowie ne sort pas simplement un disque : il orchestre sa disparition. Il choisit son anniversaire comme ultime scène, transforme la date en rituel, et offre au public un album-testament. Le clip de Lazarus, dévoilé quelques jours auparavant, montre un Bowie amaigri, allongé sur un lit d’hôpital, les yeux bandés. L’image est glaçante. Elle est aussi d’une lucidité désarmante.

Contrairement à beaucoup d’albums dits « de la maturité », Blackstar ne cherche ni la nostalgie ni l’hommage au passé. Bowie ne revisite pas ses anciens succès. Il ne se rassure pas. Il avance, une dernière fois, vers l’inconnu. C’est cette audace qui rend l’œuvre si puissante. À 69 ans, affaibli, il reste un explorateur sonore, refusant toute facilité.

David Bowie I Source : Getty Images

David Bowie I Source : Getty Images

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Aujourd’hui, Blackstar est unanimement considéré comme l’un des gestes artistiques les plus bouleversants de l’histoire moderne de la musique. Non seulement parce qu’il précède de si près la mort de son auteur, mais parce qu’il transforme cette mort en acte créatif. Peu d’artistes auront réussi à faire de leur fin une œuvre à part entière — et à donner, à une date ordinaire comme le 8 janvier, une portée éternelle.

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