Nathalie, 50 ans, mère de trois enfants : "Je déciderai de l'heure de ma mort"

À 50 ans, Nathalie Bougie a trois filles de 11, 13 et 17 ans. Elle est atteinte de Leucémie, un cancer de sang.

Pendant cinq ans, elle a lutté contre cette maladie et cela n'aboutissait à rien. Jusqu'à présent, la leucémie ne l’a pas tuée mais l'affaiblie encore et encore.

Son vœu le plus cher : qu’une loi soit votée en France pour l’autoriser à choisir une mort digne quand elle n’en pourra plus. Faute de quoi, elle partira mourir à l’étranger.

"Quand on m’a diagnostiqué une leucémie à 45 ans, je ne me suis pas posé de questions : je m’en suis remise aux médecins et j’ai suivi un traitement très lourd.

Ce fut terrible et traumatisant. Aujourd’hui, je suis certes guérie mais personne ne m’avait prévenue des séquelles que je dois désormais endurer.

Ma vie actuelle n’est qu’un pâle reflet de celle d’avant ! Je ne peux plus travailler, je suis en invalidité. Je dois supporter au quotidien des douleurs dans tout le corps qui parfois me tiennent alitée. Je vis avec des migraines chroniques.

Une fille de dos au coucher du soleil dans la prairie. | Photo : shutterstock

Une fille de dos au coucher du soleil dans la prairie. | Photo : shutterstock

J’ai des problèmes neurologiques, pertes de mémoire et difficultés de concentration qui m’empêchent de prendre du plaisir à lire, à faire des jeux de société avec mes filles.

Je ne peux plus faire de vélo avec elles car j’ai perdu l’équilibre. Plus marcher en montagne ou en forêt comme je l’aimais tant. Quand je viens de lancer un lave-linge, je dois me reposer une heure avant de retrouver l’énergie pour entamer une autre activité".

L'espérance de vie de Nathalie Bougie est réduite. Elle craignait que cela aille réduire encore davantage.

Partir en laissant une image digne à mes filles.

Source : Pixabay

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Elle avait peur qu'elle tombera dans le rechute  c'est pourquoi elle allait avoir recours au suicide assisté dans un pays qui l’autorise. Elle ne voulait pas dériver et devenir un poids pour ses proches.

"Je n’endurerai pas à nouveau tant de souffrances. Je veux partir en laissant une image digne à mes filles. J’assume ce choix malgré l’éventuel jugement de ceux qui pourraient penser que je les abandonne.

Je suis au contraire certaine que leur épargner ma fin de vie atroce les aidera à mieux supporter le fait de me perdre. Si nous en arrivons à cette issue, je demanderai un accompagnement psychologique pour nous quatre. Personnellement, la mort ne m’angoisse pas.

Mais mes filles n’en sont pas là : il leur faudra de l’aide pour apprivoiser cette idée, pour se libérer d’une éventuelle culpabilité, du temps aussi pour qu’on se dise au-revoir.

Je partirai sereine car je sais que leur père pourra les prendre en charge. "Faute de loi en France, je partirai mourir à l'étrangerPour accomplir son souhait, Nathalie Bougie serait donc obligée de partir soit en Belgique ou en Suisse.

Au nom de quoi nous prive-t-on ici de cette liberté fondamentale de choisir notre fin de vie et d’être accompagnés au moment du geste fatidique ?"

Source : Pixabay

Source : Pixabay

Au nom de quoi nous condamne-t-on à une mort loin de chez nous ou dans la clandestinité ? J’ai le sentiment que les médecins sont pour beaucoup dans ce blocage.

Comme si aider un patient à partir signait de manière trop évidente leur échec d’avoir pu le sauver, imposait une limite insupportable à la toute-puissance dans laquelle certains sont installés. Mais n’est-ce pas le libre arbitre et l’intérêt du patient qui devraient primer ? ".

Ce que dit Valérie Sugg, psychologue en cancérologie :

"Une décision élaborée"

Selon un récent sondage, 89 % des Français sont favorables à la légalisation de l’euthanasie (l’équipe médicale réalise le vœu du malade) et ou du suicide assisté.

Dans les deux cas, les personnes demandent à être accompagnées dans une décision qu’elles ont prise, non pas à la légère, mais qu’elles ont élaborée très en amont, la plupart du temps, dès l’annonce d’une maladie incurable ou neurodégénérative ne laissant pas le moindre espoir de guérison.

Ces personnes-là ne parviennent à trouver aucun sens dans les douleurs physiques et psychiques, dans la déchéance de la fin de vie qui les attend.

Elles refusent qu’on leur impose cet impossible à vivre. Dépénaliser l’euthanasie ou le suicide assisté n’est pas donner un permis de tuer mais c’est poser un cadre, dire la loi, justement pour empêcher les dérives. À chacun de se déterminer par rapport à cette liberté ultime qui serait proposée mais évidemment pas imposée.

Lors d'un incident similaire, Kirby Evans, 65 ans, est un survivant du cancer qui subit des discriminations dans la société.

Source: Youtube/KOLR10 News

Source: Youtube/KOLR10 News

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