
Violences dans le périscolaire : « On se rend compte qu’elle a été violée », le témoignage glaçant d'une maman
Julie croyait avoir confié ses enfants à une école maternelle publique parisienne sûre et bienveillante. Mais derrière les murs, ses enfants ont été victimes de violences physiques et sexuelles.
Le quotidien de Julie s’est fissuré, presque imperceptiblement, avant de s’effondrer dans une sidération que rien ne pouvait annoncer. Mère de deux enfants âgés de trois et quatre ans, elle pensait avoir fait le choix rassurant d’une école maternelle publique réputée. Un établissement présenté comme un havre d’apprentissage et d’épanouissement, où le bilinguisme, l’ouverture et la bienveillance semblaient constituer les piliers d’un projet éducatif irréprochable. Rien, dans les premières semaines, ne laissait présager le drame.

Un lapin en peluche par terre, un enfant effrayé assis derrière. Maltraitance infantile I Photo d'illustration I Source : Getty Images
La rentrée scolaire 2025-2026 s’était déroulée sans heurt apparent. Ses deux enfants, jusque-là scolarisés dans le privé, s’étaient toujours montrés sociables, expressifs, et profondément équilibrés. Le changement d’environnement devait être une simple transition, une nouvelle étape dans leur développement. Julie se souvient encore de ce premier rendez-vous avec la directrice, des mots rassurants, presque trop parfaits, qui dessinaient l’image d’une école idéale. Mais très vite, quelque chose s’est déréglé.
Les signes, d’abord diffus, ont commencé à s’accumuler. Des troubles du comportement, des crises de colère inhabituelles, une régression soudaine chez ses enfants. Sa petite fille, habituellement vive et curieuse, devenait silencieuse, renfermée. Son fils, lui, répétait une phrase qui glaçait le sang : « Maman, cette école, c’est la bagarre. » Une phrase d’enfant, peut-être. Une exagération, pensait-on. Mais elle revenait, insistante, presque obsessionnelle. Comme un message codé que les adultes ne savaient pas encore déchiffrer.

Une petite fille en pleurs, assise par terre, se couvrant le visage I Photo d'illustration I Source : Getty Images
Les semaines passant, les symptômes se sont aggravés. Incontinence, douleurs inexpliquées, blessures physiques. Julie évoque une montée progressive de l’angoisse, une intuition sourde que quelque chose échappait à sa compréhension. Pourtant, rien de concret ne permettait encore de nommer l’innommable.
Un jour de janvier
Le 29 janvier, devant leur télévision, Julie et son mari regardent un numéro de Cash investigation consacré aux dérives du périscolaire. À mesure que le reportage avance, une correspondance troublante s’impose à eux. Les témoignages, les faits évoqués, les mécanismes décrits… tout semble faire écho à ce que leurs enfants vivent depuis des mois.

Un petit garçon en pleurs, assis sur un banc dans la cour de récréation, se couvrant le visage I Photo d'illustration I Source : Getty Images
Une évidence brutale surgit alors, comme une déflagration : leurs enfants pourraient être victimes de violences. Ce soir-là, le doute laisse place à la terreur.
Les mots de leur fille, jusque-là fragmentaires, prennent soudain un sens insoutenable. Elle évoque des douleurs, des gestes, des scènes que son âge ne devrait pas lui permettre de formuler. Julie raconte ce moment avec une précision douloureuse : « On se rend compte que notre petite fille nous dit qu’elle a été violée. » Le mot est lâché. Irréversible. Et avec lui, l’effondrement.

Petite fille bouleversée, recroquevillée sur le lit à côté de son dessin, se frottant les yeux avec les poings comme si elle pleurait I Photo d'illustration I Source : Getty Images
Le souvenir d’un épisode précis vient alors hanter la mère. Ce jour où, en récupérant sa fille à l’école, l’enfant ne pouvait plus marcher. « Elle avait tellement mal à ses parties intimes que j’ai dû la porter », confie-t-elle. Sur le moment, l’inquiétude était là, bien sûr, mais aucune explication ne semblait suffisamment claire pour alerter immédiatement sur l’ampleur du drame.
Les enfants étaient confiés au personnel périscolaire
Avec le recul, chaque détail prend une dimension tragique. Les absences répétées d’enseignants, notamment dans la classe de sa fille, apparaissent sous un jour nouveau. Ces journées où les enfants étaient confiés au personnel périscolaire, parfois sans information claire aux parents, deviennent des zones d’ombre inquiétantes. Julie explique qu’elle découvrait souvent, le soir, que sa fille n’avait pas eu de maîtresse et qu’elle avait passé la journée avec des animateurs. Des adultes dont elle ignorait tout.

Une jeune fille assise seule dans le noir I Photo d'illustration I Source : Getty Images
Le périscolaire, censé être un espace sécurisé et encadré, devient alors le cœur des soupçons. Ses enfants accusent directement certains animateurs de violences physiques et sexuelles. Des accusations d’une gravité extrême, qui s’inscrivent dans un contexte plus large de scandale touchant plusieurs établissements parisiens.
Aujourd’hui, Julie témoigne pour alerter. Pour briser le silence. Son récit, diffusé notamment par Le Figaro sur sa chaîne YouTube, s’inscrit dans une prise de parole plus large de parents confrontés à des situations similaires.

Petit garçon l'air fâché et triste I Photo d'illustration I Source : Getty Images
Depuis plusieurs mois, le périscolaire est secoué par une série de signalements de violences et d’agressions sexuelles, notamment à Paris. Des affaires qui, mises bout à bout, dessinent les contours d’un problème structurel. Failles dans le recrutement, contrôles insuffisants, gestion défaillante des alertes : autant de dysfonctionnements désormais pointés du doigt.
Un niveau de contrôle insuffisant
Interrogé sur ces dérives, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a lui-même reconnu la gravité de la situation admettant dans le même souffle que « le niveau de contrôle a été insuffisant » dans le périscolaire.

Une petite fille de 3 ans qui pleure I Photo d'illustration I Source : Getty Images
Une déléguée à la protection de l’enfance à l’école doit ainsi être nommée, avec pour mission de renforcer la coordination entre les différents acteurs et de traiter les signalements de dysfonctionnement. Mais ces annonces, aussi nécessaires soient-elles, peinent à apaiser les inquiétudes. Car sur le terrain, la confiance est brisée.
Le ministre a également rappelé que la responsabilité juridique du périscolaire incombait aux communes, appelant notamment la Ville de Paris à renforcer le contrôle de ses agents et à écarter ceux impliqués dans des comportements criminels ou violents. Il a par ailleurs annoncé un renforcement des dispositifs de vérification des antécédents, avec une consultation plus régulière des fichiers judiciaires.
Un projet de loi est même envisagé pour interdire définitivement à tout personnel ayant eu un comportement inapproprié avec des mineurs de revenir en poste, même en l’absence de condamnation.