
La femme de Pierre Perret s’est éteinte : le récit d’une vie à deux
Il est des amours qui ne font pas de bruit, qui ne cherchent ni la lumière ni l’éclat, mais qui s’inscrivent dans la durée avec la force tranquille de l’évidence. L’histoire de Pierre Perret et de Simone Mazalturim appartient à cette catégorie rare : celle des unions profondes, construites loin des apparences, nourries par la fidélité, l’humour, le respect et une tendresse jamais démentie.
Après plus de soixante années partagées, le chanteur vient de perdre celle qui fut sa compagne de toujours, son épouse, sa confidente, son premier public et son plus sûr soutien. Simone Mazalturim s’est éteinte dans la nuit de samedi à dimanche 4 janvier 2026, laissant derrière elle un homme de 90 ans, deux enfants, des petits-enfants, et une vie entière tissée à deux.
D'après une déclaration de Gilles Lecouty, l’accordéoniste historique de Pierre Perret, à Le Parisien, Rebecca n’était nullement malade : elle aurait succombé aux suites d’une grave chute dans un escalier survenue une dizaine de jours auparavant.

Le chanteur et compositeur français Pierre Perret et sa femme Rebecca en vacances à l'île Maurice I Photo par Micheline Pelletier/Sygma I Source : Getty Images
Dans l’intimité de leur maison de Nangis, en Seine-et-Marne, Pierre Perret et celle qu’il surnommait affectueusement Rebecca avaient bâti un cocon hors du temps. Une demeure campagnarde, patiemment restaurée, entourée de verdure, d’animaux et de silence, qui ressemblait à leur amour : solide, discret, chaleureux. C’est là que se sont écrits les plus beaux chapitres de leur vie commune, mais aussi là que le couple a affronté l’une des épreuves les plus cruelles qu’un parent puisse connaître.
Une rencontre sans artifice
Avant d’être l’épouse aimée d’un chanteur célèbre, Simone Mazalturim était secrétaire chez Barclay. La rencontre avec Pierre Perret n’a rien d’un coup de foudre romanesque ; elle commence presque banalement, par une altercation. Un désaccord, une engueulade autour d’un remboursement de billet d’avion. Le ton monte, les caractères s’affirment, et pourtant, derrière l’agacement, quelque chose se noue. Pierre Perret l’invite ensuite à l’un de ses tours de chant, à La Colombe, cabaret parisien alors fréquenté par les amoureux des mots et de la musique. Simone tombe sous le charme. Non pas seulement de l’artiste, mais de l’homme, de son humour, de sa sensibilité et de cette façon singulière de jouer avec la langue française.

Pierre Perret est félicité par sa femme Simone Mazaltarim (qu'il a rebaptisé Rebecca) dans les coulisses de l'Olympia le 25 octobre 1968, à Paris, France. | Photo : Getty Images
De cette rencontre naît une relation fusionnelle, fondée sur la complémentarité. Pierre Perret l’a souvent raconté avec simplicité : Simone n’a jamais cherché à être dans l’ombre, mais à être à sa place. Elle gère l’intendance, les contrats, suit les tournées, écoute les chansons avant tout le monde. Son regard est franc, exigeant, souvent juste. « Rébecca m’a rendu plus intelligent », avait-il confié à Paris Match. Une phrase qui dit beaucoup de la nature de leur lien : un amour où l’admiration est réciproque, où chacun élève l’autre.
Une vie à deux, loin du tumulte
Mariés depuis plus de soixante ans, Pierre Perret et Simone Mazalturim ont traversé les décennies sans jamais se quitter. Ensemble, ils ont eu trois enfants : Alain, Julie et Anne. Très tôt, le couple fait le choix de protéger sa vie familiale des feux de la rampe. Leur bonheur se construit ailleurs : dans la simplicité du quotidien, dans une maison à la campagne, dans les repas partagés, les silences complices et les projets modestes mais constants.

Photo prise en janvier 1972 montrant le chanteur français Pierre Perret jouant avec ses enfants, Julie, Anne et Alain I Photo par AFP I Source : Getty Images
À Nangis, la vieille ferme acquise dans les années 1960 devient peu à peu leur refuge. Restaurée au fil du temps, agrandie avec patience, elle se transforme en un véritable paradis champêtre. Piscine chauffée, terrain de tennis, vaste jardin sans vis-à-vis : tout y est pensé pour une vie paisible, presque autarcique. Pierre Perret y cultive ses légumes, élève des lapins, des poulets, des cochons, nourrit ses mots autant que la terre. Simone veille, organise, accompagne.
Alain et Anne, les deux autres enfants du couple, ont choisi des trajectoires loin de la notoriété. Ils ont demandé à leur père de ne pas parler d’eux dans les médias, un souhait qu’il a toujours respecté avec une fidélité absolue. Cette discrétion, presque farouche, est l’un des fils conducteurs de la vie familiale de Pierre Perret. Même lorsqu’il évoque, plus tard, la distance qui le sépare de ses petits-enfants, c’est avec pudeur et mélancolie, jamais avec reproche.

Pierre Perret et sa femme Simone le 27 janvier 1984, France. | Photo : Getty Images
Le drame de 1995
Mais même les plus belles histoires ne sont pas épargnées par la tragédie. En juillet 1995, le couple perd Julie, leur fille cadette, emportée à seulement 32 ans. Un drame intime, brutal, dont Pierre Perret ne parlera presque jamais. Lors d’une rare confidence, il évoquera cette douleur indicible : « C’est la pire chose qui puisse arriver dans l’existence de quelqu’un. Et quand cela arrive, c’est tellement omniprésent qu’on n’a pas envie d’en parler. »
Cette perte marque profondément le couple. Pourtant, loin de les séparer, elle les soude davantage. Main dans la main, Pierre et Simone traversent l’épreuve dans la retenue, sans éclats, sans plaintes publiques. Leur amour devient un refuge, un espace où la souffrance peut exister sans se dire, où le chagrin trouve une forme de dignité silencieuse.

Le chanteur français Pierre Perret avec son épouse Rebecca lors de leur voyage dans le Connemara I Source : Getty Images
Le temps du silence
En 2023, à 88 ans, Pierre Perret publie Ma vieille carcasse, un album empreint de lucidité et de tendresse. Il y évoque le temps qui s’effiloche, la mort qui rôde, mais sans gravité excessive. « J’y pense tous les jours », disait-il alors, conscient que tout peut s’arrêter à tout moment. Aujourd’hui, cette pensée prend une dimension nouvelle.
La disparition de Simone Mazalturim marque la fin d’un chapitre exceptionnel. Plus de soixante ans d’amour, de fidélité et de complicité s’inscrivent désormais dans la mémoire. À Nangis, la maison demeure, chargée de souvenirs, de rires anciens, de silences partagés. Pierre Perret y vit désormais seul, mais entouré de cette présence invisible que seul un amour de toute une vie peut laisser.

Pierre Perret, Auteur-compositeur-interprète, photographié près de sa maison en Irlande, 2006 I Photo par Eric Robert/Sygma I Source : Getty Images
Il reste les chansons, les mots, les jardins, et cette histoire simple et immense à la fois : celle d’un homme et d’une femme qui ont choisi de s’aimer longtemps, sans bruit, et d’habiter le monde avec douceur.