EXCLU. Yann-Alrick Mortreuil sur la paternité : sa fille Cora, DALS, perte d’audition

Yann-Alrick Mortreuil est un danseur talentueux et charismatique bien connu du public pour ses participations à diverses émissions télévisées populaires comme "La Meilleure Danse" et "Danse avec les Stars".

Il a gracieusement accepté de répondre à nos questions et au cours de cet entretien nous avons abordé de nombreux sujets : son parcours impressionnant, son handicap et la manière dont il s'est battu pour que son talent soit reconnu, sa vie de couple aussi et sa plus grande fierté : sa fille Cora !

Nous vous proposons d'en apprendre plus sur un homme hors du commun qui a fait face à de nombreuses difficultés qu'il a réussi à surmonter grâce à sa force de caractère et à sa passion. 

Vous avez un parcours particulièrement impressionnant. Comment se fait-il que vous soyez devenu danseur ?

Alors c'est simple, dans ma famille on a la culture du sport comme par exemple manger cinq fruits et légumes par jour et faire du sport. Donc mes frères et sœurs avant moi, mes parents leur ont dit : "Tu dois choisir un sport et c'est important d'en faire". 

Quand j'ai eu quatre ans, ma mère est venu me voir en me demandant quel sport je voulais faire et je lui ai répondu que je voulais faire la "danse de Michael Jackson" parce que j'étais un grand fan du clip "Thriller" et de Michael Jackson en général, c'est vraiment lui qui m'a donné envie de danser.

Elle a appelé toutes les écoles de danse du coin mais j'ai été refusé un peu partout parce que j'étais trop petit et qu'ils me trouvaient trop jeune. Au final c'est une école de danse de rock, une danse donc très éloignée de celle de Michael Jackson, qui a fini par dire oui.

Je me suis donc retrouvé avec une petite danseuse dans les bras qui s'appelait Solange d'ailleurs et je me souviens très bien m'être senti roulé dans la farine puisque ce n'était pas du tout ce que je voulais au départ mais au final ça m'a quand même plu et j'ai continué dans les danses de couple jusqu'à aujourd'hui.

Très jeune on vous a décelé un problème d'audition. Cela a affecté votre parcours scolaire mais aussi dans la danse. Comment avez-vous fait face à ces problèmes ?

Oui au départ j'avais un tout petit retard mais on l'a vraiment décelé vers six ans. Ça a été très compliqué. Pour commencer quand on a décelé mon problème d'audition, l'ORL que j'avais vu à l'époque n'a pas voulu m'appareiller tout de suite ce qui a été une grosse connerie parce que j'avais déjà une baisse d'audition de 40% mais il pensait que les 60% restants étaient suffisants et que porter des appareils me poseraient plus de problèmes qu'autre chose.

C'est une grosse erreur parce que l'oreille est comme un muscle, moins tu t'en sers moins il est costaud et porter des appareils aurait permis de les solliciter bien plus et ainsi ralentir la progression ce qui s'est d'ailleurs produit dès que j'ai pu me procurer des appareils. 

J'ai une audition dégénérative, c'est à dire que j'ai perdu de l'audition tout au long de ma vie mais depuis que je porte des appareils de manière assidue la dégression s'est arrêtée. 

J'ai malheureusement mal fait face à tout ça à l'époque, j'étais petit, j'étais en plus un garçon qui faisait de la danse ce qui était compliqué parce qu'à Chambéry en Savoie si tu faisais pas du foot, t'étais pas un garçon. J'étais donc moqué, j'ai fait face à un gros harcèlement scolaire, je n'avais pas d'amis et je ne pouvais même pas me défendre correctement puisque je n'entendais pas bien ces moqueries. J'étais le bouc-émissaire de la classe et ça se reproduisait d'une année sur l'autre ce que je vivais très mal.

Heureusement, quand je rentrais chez moi je retrouvais ma famille et mes problèmes s'arrêtaient à la porte de l'école. Aujourd'hui ça doit être pire le harcèlement parce qu'avec les réseaux sociaux le harcèlement se poursuit.

À la danse je rencontrais aussi d'autres difficultés liées à mon audition, par exemple j'étais souvent hors tempo et je ne comprenais pas toujours et il a donc fallu trouver des solutions : je me mettais proche de l'enceinte ; je me mettais pieds-nus, une chose que je fais toujours aujourd'hui d'ailleurs et qui m'aide à rester dans le rythme ; et puis dernière solution le fait d'avoir une danseuse avec moi qui elle a des oreilles et que je laissais donc donner le départ.

Êtes-vous toujours confronté à ces problèmes là aujourd'hui ?

Alors non aujourd'hui j'ai enfin pu dépasser ces problèmes et je suis enfin considéré comme un danseur avant d'être considéré comme un handicapé.

La bascule s'est d'ailleurs faite en 2011 avec l'émission "La meilleure danse" diffusée sur W9. Il s'agissait d'un concours de danse et avant chaque passage il y avait un petit magnéto qui présentait la personne qui allait danser. J'étais avec ma danseuse Flore à l'époque et mon magnéto à moi c'était : "Vous savez pas quoi ? Yann-Alrick il est sourd et il a perdu 80% d'audition !".

Ils répétaient ça avant de dire que j'étais danseur et je souviens que ça m'énervait parce que je voulais avant tout être considéré comme un danseur. J'ai cependant reçu beaucoup de messages de personnes sourdes ou de parents d'enfants sourds et malentendants qui m'ont écrit via Facebook ou d'autres réseaux sociaux et qui m'ont encouragé en me disant que je leur donnait espoir. Le fait d'avoir le soutien de cette communauté malentendante m'a donné la force de m'assumer et de dire : "Ok, je suis blond, j'ai les pieds qui ressemblent à ça et puis je porte des appareils auditifs et c'est ok". 

Aujourd'hui je suis un danseur reconnu et j'ai gagné ma victoire sur ce plan là. Autant au niveau personnel où j'ai réussi à l'accepter, qu'au niveau professionnel et social. J'ai réussi. 

Mes appareils auditifs ont d'ailleurs joué pour beaucoup dans ma progression. Depuis le début je travaille avec Signa, anciennement Siemens, j'ai toujours été équipé de leurs appareils et ils ont fait un sacré boulot avec moi pour les adapter à mes besoins de danseur.

Avez-vous des conseils à donner aux personnes confrontées à un handicap similaire au votre ?

C'est tellement compliqué les situations de handicap. J'ai rencontré tout au long de ma vie d'autres personnes dans ces situations et on a tous des façons très personnelles d'affronter ça.

Il y a des personnes qui ont besoin d'être considérées comme n'importe quelle autre personne valide et de ne pas être traitées différemment. Il y en a d'autres qui vont vouloir être aidées au contraire. C'est propre à chacun.

Le plus important c'est de s'accepter tel qu'on est. À partir du moment où on accepte la situation, ça devient beau.

Quels ont été les moments clés de votre carrière impressionnante ?

Il y en a eu tellement... Je me souviens de la période durant laquelle je dansais avec ma sœur Solenn et on enchaînait les coupes du Monde, on voulait obtenir le titre de champions du Monde. On s'est arrêtés à la deuxième place et puis après ma sœur est tombée enceinte et elle a fondé sa famille donc on a arrêté mais toute cette période de compétition avec elle durant laquelle on a voyagé dans de nombreux pays a été très importante.

Deuxième moment-clé, ça a été comme je l'ai dit "La Meilleure Danse" qui m'a premis de franchir un cap par rapport à mon handicap. Il y a eu bien sûr aussi "Danse avec les Stars" qui a causé un beau virage dans ma vie.

Et puis professionnellement il y a "D'pendanse", une compagnie formée de huit danseurs et danseuses issus de "Danse avec les Stars". Ça fait des années qu'on tourne et c'est une famille extraordinaire d'amis et de danse.

Et puis dernier moment-clé, c'est celui que je vis en ce moment, c'est d'être devenu papa !

L'année 2021 a donc marqué un grand tournant dans votre vie personnelle. Comment votre vie a changé depuis que vous êtes papa ?

Tout d'abord ça a beaucoup changé les nuits ! (rires.) Non mais on pense différemment, peut être que je suis un peu moins casse-cou, j'ai l'impression de vouloir plus de sécurité et de stabilité. 

J'ai envie d'offrir une vie incroyable à ma fille et je veux sécuriser de tous les côtés pour elle. 

Quels conseils auriez-vous à donner pour avoir un mariage ou une vie de couple solide ?

C'est propre à chacun et chaque couple fonctionne très différemment. Nous sommes très à l'écoute de l'un comme de l'autre et on respecte notre espace, que ce soit de l'espace physique ou de l'espace psychique. Il n'y a pas de jalousie entre nous et on se fait confiance. 

Quel moment vous a le plus marqué dans votre aventure dans "Danse avec les Stars" ?

La saison entière avec Karine Ferri a été incroyable, sans parler d'un moment en particulier. J'ai eu une saison particulièrement belle humainement, émotionnellement et artistiquement nous avons traversé de nombreuses étapes et c'était vraiment très bien.

Est-ce que vous pensez participer à l'émission à nouveau ?

J'aimerais beaucoup. Après ma saison avec Karine Ferri, je suis parti à l'étranger pour participer à "Mira quien baila" une année à Mexico en tant que danseur et deux années à Miami en tant que danseur et chorégraphe principal. 

J'ai refusé de participer à la dernière saison pour me préparer à la naissance de ma fille. Mais si les dates correspondent et que ça se propose pour moi de participer à nouveau au programme en France ce serait avec grand plaisir. Maintenant je ne sais pas, je ne peux pas dire !

C'est d'ailleurs un peu cela la vie de danseur, on ne peut pas vraiment planifier à l'avance. On enchaîne projet sur projet.

Avez-vous malgré tout des envies professionnelles pour le futur ?

Je ne sais pas. J'ai l'impression que tout ce que j'ai réalisé jusque-là étaient des rêves de gamin et que ça ne s'arrête jamais. Je me souviens, quand j'étais plus jeune j'avais fait une espèce de liste de ce que je voulais faire : partir à Paris, faire de la scène, faire une comédie musicale, travailler et chorégraphier avec des artistes.

Aujourd'hui j'ai fait tout ça et même plus puisque ça s'est même "internationalisé". Je me dis que j'aimerais continuer encore un peu et puis peut être transmettre tout ce savoir par la suite.

Malgré votre beau parcours, auriez-vous aimé changer quelque chose dans votre vie ?

Il y en a des tas mais c'est une façon de penser que j'essaye d'éviter parce que si je me mets à regarder vers le passé, je me dis que j'aurais pu faire les choses différemment et je commence à avoir des regrets.

Ce n'est pas un bon état d'esprit pour pouvoir avancer. Et pareil j'essaye de ne pas trop regarder vers le futur parce que sinon je commence à angoisser.

J'essaye de vraiment vivre au présent. Le présent c'est maintenant, on peut en faire quelque chose on peut le bouger alors que le passé c'est fait et que le futur on ne peut pas le prévoir. Au moins on a une prise sur le présent et c'est aussi la clé du bonheur pour moi d'être dans le présent.

Une dernière chose à ajouter ?

Oui j'aimerais vous parler de mes derniers projet. Il y a des conférences que je donne afin de dédramatiser et déstigmatiser toutes les différences pour changer les regards et les mentalités.

Ma conférence dure environ une heure et je suis déjà intervenu dans des entreprises, des collèges et des lycées afin de parler du harcèlement et du handicap. Je me livre énormément en prenant ma vie comme exemple pendant environ 45 minutes et puis il y a une période de questions-réponses pendant environ 15 minutes. Ces conférences sont d'ailleurs accompagnées de démonstration et d'initiation à la danse.

Je collabore aussi avec la danseuse Natacha Pierart et nous développons son concept qui est de mélanger danse et langue des signes. Nous avons donc fondé notre compagnie qui s'appelle Syn et notre premier numéro s'appelle SENS. C'est un concept innovant et émouvant et un projet qui me tient beaucoup à cœur. 

On a d'ailleurs une date à Saint-Etienne avec la compagnie Syn (le 5 octobre 2021) où on fait notre démonstration de danse avec langue des signes et initiation à la langue des signes ainsi que ma conférence. 

Yann-Alrick Mortreuil fait aussi partie d'Audition Solidarité qui fait de son mieux pour offrir des appareils aux enfants sourds et malentendants à travers le monde qui n'ont pas les moyens de s'en procurer.  

Un danseur donc mais aussi un homme engagé qui cherche à aider les gens à se comprendre malgré leurs différences et à venir en aide aux plus démunis !

Abonnez-vous à AmoMama sur Google News !

Les postes connexes
Emmanuelle Berne a accouché : "DALS" a complètement changé sa vie, confie-t-elle après 6 ans
youtube.com/Seb Avec Ta Star
Exclusivité May 20, 2021
Emmanuelle Berne a accouché : "DALS" a complètement changé sa vie, confie-t-elle après 6 ans
Charlie Le Mindu : l’histoire d’un coiffeur qui a créé des tenues avec des cheveux humains
instagram.com/charlielemindu
Exclusivité Mar 23, 2021
Charlie Le Mindu : l’histoire d’un coiffeur qui a créé des tenues avec des cheveux humains
Fauve Hautot (DALS) a 35 ans : sa compagne Jules, désir d'avoir des enfants, vie privée
Getty Images
Célébrités Mar 03, 2021
Fauve Hautot (DALS) a 35 ans : sa compagne Jules, désir d'avoir des enfants, vie privée
Laurent Voulzy parle de son enfance mélancolique loin de sa mère
Getty Images
Parentalité Jan 31, 2021
Laurent Voulzy parle de son enfance mélancolique loin de sa mère