Le décès de Bastien Payet (Les 12 coups de midi) : Sa déclaration d'amour émouvante dans un poème

Mort après avoir été roué de coups dans une attaque organisée par des étudiant à Reims, le Réunionnais Bastien Payet, connu pour son talent dans le domaine du Slam, avait déclamé son amour pour l'île qui l'a vu naitre de son vivant.

Bastien Payet, 23 ans, est mort dans la nuit de samedi à dimanche après avoir succombé aux blessures qu'il a reçu quand il a été roué de coups dans la rue Jeanne d’Arc à Reims. Bastien Payet était actif auprès de l’association les Ateliers slam Rémoise.

Le jeune slameur était également un entraîneur de foot au sein du club Association Sportive de Saint-Brice-Courcelles et un étudiant très investi dans son milieu social. Bastien Payet était un Rémois mais aussi un Réunionnais très fier de son île. Il prenait du temps pour se rendre régulièrement en vacances sur l’île pour être avec son paternel.

"Il avait un tatouage représentant un paille-en-queue", se souvient Laurent Etienne qui était considéré comme "un père spirituel" par le défunt jeune homme qui a débuté le slam a l’âge de 15 ans.

Pour ses proches : "Il était le soleil de La Réunion à Reims". Et, cela va de soi, surtout quand on considère le beau texte qu'il a rédigé par amour pour son île.

UN TEXTE DE BASTIEN PAYET POUR L'ILE DE LA RÉUNION

Ci-dessous, se trouve, dans sa totalité, le poème d'amour écrit par l'ancien candidat des 12 coups de midi pour son île de la Réunion. Lisez et voyez de par vous-mêmes à quel point ce jeune engagé de la scène slam rémoise était talentueux.

ROUGE VIF,

Marqué au fer rouge, vif,

Dans mon cœur, dans ma peau,

Dans mon esprit, dans tous mes maux.

Les traces de mon Histoire, toutes ces douleurs un peu trop lourdes,

Comme cette distance qui nous sépare !

Un grand trait rouge, VIF.

Qui passe par l’Afrique, s’arrête pas loin d’Madagascar,

Traverse tous les océans, et se termine un peu trop loin.

De moi.

Où je n’croyais jamais aller, où je pensais que c’était mal,

Où j’aimerais maint’nant crever, Car j’aime trop ses foutues plages.

Ton île.

Celle que j’me suis appropriée, Papa,

Où mes ancêtres ont chanté,

Où mes enfants eux rêveront,

Où j’écrirai la mienne d’histoire, à l’encre

ROUGE, VIF.

Tristes tumultes des tourmentes,

Sur lesquelles j’ai bien trop pleuré,

Triste cimetière de mes souv’nirs,

Que j’connaissais pas.

En ont coulé le long d’mes joues,

Des larmes, des larmes.. Couleur rouge

SANG.

Qui coule dans mes veines,

C’est le tien. Celui d’là-bas,

Celui qui ne disparaît pas,

Sur lequel moi j’ai tant craché,

Celui qui m’a tant fait douter !

J’suis désolé.. Je n’pensais pas,

Que ce sang-là, était à moi.

J’ai renié mon frère, renié mon père,

Renié mon île et ses secrets !

Toutes ses cascades et ses montagnes,

Toutes ses senteurs et ses cultures,

Tous ces hommes biens qui tendent la main,

Sont persuadés qu’j’suis quelqu’un d’bien.

Une colère rouge,

VIVE.

De ne pas avoir su avant.

De pas avoir compris,

Que je suis à moitié d’là-bas,

Que tout le monde m’y attendait.

Que j’avais juste à tendre la main,

A qui voudrait la caresser.

Mais j’l’ai fermée,

J’l’ai pas tendue,

J’était manchot, un peu aveugle,

Des grandes oeillères masquaient mes paupières,

J’me croyais libre. Mais j’l’étais pas !

J’étais esclave de préjugés,

Des dires des gens qui ne t’aiment pas,

Toi mon île, que j’aime d’un rouge,

VIF.

Toi tu regorges tell’ment d’histoires,

Sur mon passé, que les Anciens,

Essaient de m’apprendre en Chansons,

Autour d’un feu, autour de rien.

Et moi j’ai rien à t’offrir,

Juste un peu d’rimes, et d’poésie !

Je m’en veux tellement,

Tu dois l’savoir,

J’étais un con, sans sentiments !

Le genre de con, qui tourne la tête,

Sur les belles choses qu’offre la Vie,

Tu t’dois d’savoir, que maintenant,

Je rattraperai l’temps perdu.

Notre avenir est plein d’espoir,

De couleur rouge…

Comme l’amour.

Que j’ai emmené dans mes bagages,

Le jour où j’suis venu te voir,

Je n’pouvais pas partager ça,

Avec personne.

Mon île ! Je t’ai découvert amoureux,

Avec Ma Dame, qui t’nait ma main.

Nous on t’a découvert à deux,

C’est le plus beau d’tous les présents !

Et mes amis t’ont rencontrée,

Et sont tombés amoureux de toi,

Toute ton Histoire, toute notre Histoire,

Est maintenant placée, sous un soleil,

de Couleur rouge,

FEU.

J’y ai redécouvert l’amour,

D’un père d’un frère, et d’une famille.

MON ILE…

LA REUNION, LÉ LA EN MWIN.

Bastien Payet a été victime d’une agression mortelle dans la nuit du 8 au 9 mars à Reims, âgé de 23 ans. Il a succombé à ses blessures dimanche 10 mars au CHU de Reims, un jour après l'attaque. Après l'annonce de sa mort, il a reçude nombreux hommages, dont une poignante tribut de la part de Jean-Luc Reichmann.

Après cette tragédie, une enquête a été ouverte pour assassinat. L'information judicaire a permis d'interpeller trois "étudiants rémois en BTS" entre 20 et 25 ans, ce samedi 9 mars, selon France Bleu. Ce dimanche 10 mars, la requête d'un mandat de dépôt pour les 3 jeunes interpellés a été faite par le procureur de Reims.