Affaire Lambert : “Une autre solution aurait pu être trouvée”- la psychologue Marie de Hennezel

Deux spécialistes commentent le cas de Vincent Lambert. L’un explique le fondement juridique de l’arrêt des soins, tandis que l’autre est pour le maintien de la vie du patient. 

La cour de cassation de Paris a ordonné l’arrêt définitif des traitements de Vincent Lambert, un patient tétraplégique et en état végétatif depuis l’année 2008 où il a été victime d’accident.

Ainsi, le mardi 2 juillet, son médecin a procédé à l’arrêt de l’alimentation et l’hydratation qui le maintiennent en vie. Les heures sont comptées pour l’homme de 42 ans. 

Le cas de Vincent Lambert est maintenant devenu une affaire médico-politico-judiciaire qui suscite de nombreux débats.

Les journalistes de Ouest France ont récolté l’avis de deux spécialistes, la psychologue Marie de Hennezel et l’avocat Jean-Pierre Mignard, concernant cette situation tant controversée. 

MARIE DE HENNEZEL 

Le docteur Marie de Hennezel s’est opposé à la décision finale de la justice française ordonnant l’arrêt des soins de Vincent Lambert. Étant elle-même une psychologue qui a eu une dizaine d’années d’expérience en soins palliatifs, elle pense que le patient n’est pas du tout en fin de vie. 

“Une autre solution aurait pu être trouvée, puisque plusieurs services adaptés à son état acceptaient de le recevoir (...) Ce qui se joue autour du sort de Vincent Lambert est d’abord un enjeu éthique.

On essaie de nous faire croire que le débat oppose croyants et athées, mais les questions éthiques concernant l’évaluation de l’obstination déraisonnable sont les mêmes pour tous.”

Marien de Hennezel accuse ceux qui jugent que la vie d’une personne ne mérite plus d’être vécue parce qu’elle se trouve dans l’impuissance de réagir.

Elle demande donc à la société qui pense que Vincent n’a plus sa place dans la société des êtres vivants à quel moment un patient doit mourir. 

La raison est-elle du fait que l’hospitalisation coûte cher ou bien est-ce parce que le cortex de la victime est détruit, s’interroge-t-elle. 

La psychologue est choquée de voir des gens critiquer en une soit-disant “obstination déraisonnable” la famille qui veut se battre pour le maintien de vie du patient. 

“Comment les expertises scientifiques ont-elles pu passer sous silence le rôle du système limbique, parfois appelé cerveau émotionnel ?

Même si dans l’état actuel de la science, on sait encore peu de chose sur ce néocortex, n’est-ce pas un peu péremptoire de qualifier de “réflexes” les réactions émotionnelles de Vincent Lambert, et de tenir pour négligeable la résistance qu’il oppose à la volonté des autres de mettre fin à sa vie ?”

Dans son livre “Le souci de l’autre”, le docteur de Hennezel évoque un lien affectif qui lie un patient cérébrolésé et ses proches. En effet, dans la plupart des cas, si la personne qui vient lui rendre visite meurt, le patient décède au bout de deux jours sans intervention médicale. 

D’après la psychologue, la vie d’un patient comme Lambert est liée affectivement à quelqu’un, et vaut la peine d’être sauvée. 

“Vincent Lambert aurait mérité une “solution” plus apaisante, digne de nos valeurs démocratiques d’humanité et de solidarité aux côtés des plus vulnérables, loin des enjeux politico-juridico-médiatiques. Pourquoi s’être acharné à refuser son transfert dans un service adapté à son état ? ”,

termine-t-elle. 

JEAN-PIERRE MIGNARD

De son côté, maître Jean-Pierre Mignard a exposé le processus habituel d’un arrêt de traitements. Mais le principal problème dans le cas de Vincent Lambert est le désaccord des membres de sa famille. 

“Ce processus est sans difficultés si la famille est unie sur l’examen de la situation et les décisions à prendre dans la palette de celles proposées par les médecins. Il devient impossible lorsque la famille est désunie.”

La famille de Vincent Lambert s’est brisée en deux clans. Une partie de la famille trouve que l’état de l’homme tétraplégique est irrémédiable et que prolonger les soins est une obstination déraisonnable. L’autre partie voit le patient comme un handicap qui mérite de vivre. 

“Si la personne est consciente de son état, on ne peut rien lui imposer. Si elle est hors d’état de manifester sa volonté, et sans directive anticipée, l’avis de la famille est déterminant (...)

Le Conseil d’État a décidé que Vincent Lambert était incapable d’exprimer quelque assentiment à quelque proposition que ce soit, que les traitements étant inopérants et les soins ne concouraient qu’à un maintien artificiel de la vie.”

Mais les parents de Vincent Lambert ont fait un appel à la décision ordonnant l’arrêt des traitements de leur fils. Les traitements vitaux ont dû reprendre quelques heures après l’arrêt, suite à la décision de la cour d’appel qui demandait que le dossier soit étudié dans le fond. 

La Cour européenne des droits de l’homme a eu un délais de six mois pour décider du sort de Vincent Lambert. Mais finalement, la CEDH est revenue sur la décision du Conseil d’État.

“Le maintien artificiel en vie, mot essentiel, signifie que plus rien n’est plus possible hormis l’obstination déraisonnable de la prolonger.

Au terme de ce cheminement avec le concours d’experts, la justice conclut donc que nous ne sommes en rien dans le cas d’un handicap. Les trois juridictions, fait assez rare, convergent toutes sur ce point”,

conclut Jean-Pierre Mignard, docteur en droit, membre du comité national d’éthique.

Le cas de Vincent Lambert ne remplit pas les conditions réclamées dans le droit à la liberté individuelle. Le droit à la vie n’est pas engagé dans ce genre de situation, selon l’avocat à la Cour. 

Un autre spécialiste a également commenté l’affaire Vincent Lambert.

Le docteur Claire Fourcade, vice-présidente de SFAP (Société française d’accompagnement et de soins palliatifs) a donné son avis concernant le cas de Vincent Lambert, auprès du journal quotidien La Croix. Elle voit le cas comme un échec de la part du corps médical. 

  
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