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Nina Métayer I Source : Getty Images
Nina Métayer I Source : Getty Images

Des baguettes aux dentelles sucrées, Nina Métayer continue d’inspirer le monde

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12 janv. 2026
14:17

Dans l’univers feutré de la haute gastronomie, où le sucre devient architecture et où chaque geste exige une précision quasi chirurgicale, un nom s’impose aujourd’hui avec une résonance particulière : Nina Métayer. sacrée meilleure cheffe pâtissière du monde par le prestigieux classement The World’s 50 Best Restaurants, elle est la première femme à avoir atteint ce sommet. Pourtant, derrière l’éclat des récompenses et la grâce de ses créations — véritables dentelles comestibles — se dessine un itinéraire bien plus intime : celui d’une jeune fille que l’école laissait en marge, mais que le parfum du pain chaud appelait déjà à sa destinée.

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Le parcours de Nina Métayer n’a rien d’une trajectoire rectiligne dictée par l’ambition. Il est fait de bifurcations instinctives, de déclics successifs, forgés par la sueur, l’effort et une quête viscérale d’authenticité. Elle nous raconte tout dans une interview accordée à Pauline Laigneau, et diffusée lundi 12 janvier 2026.

La championne du monde française de pâtisserie Nina Metayer pose lors d'une séance photo dans son atelier à Issy-Les-Moulineaux, près de Paris, le 6 novembre 2023 I Source : Getty Images

La championne du monde française de pâtisserie Nina Metayer pose lors d'une séance photo dans son atelier à Issy-Les-Moulineaux, près de Paris, le 6 novembre 2023 I Source : Getty Images

L’éveil au fournil

Tout commence à La Rochelle, dans la pénombre d’un fournil imprégné d’effluves de café, de cognac et de farine. Nina a quinze ans. L’école est pour elle un territoire hostile, presque infranchissable. « La réussite n’était pas accessible », confie-t-elle avec une humilité désarmante. « Même une dictée me semblait insurmontable. »

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De ce sentiment d’inadéquation naît pourtant une force fondatrice. Si le monde de l’abstraction la rejette, elle se tournera vers celui de la matière, du geste et du concret.

Son premier refuge s’appelle la boulangerie Paya. Elle y rencontre Bill, boulanger à l’ancienne, dont l’humeur matinale se lisait au sillage de son parfum. Dans cet univers exclusivement masculin, Nina éprouve pour la première fois une évidence rare : « Je me suis sentie à ma place. »

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Là, point de facilité, mais une exigence à la mesure de son tempérament. Les sacs de farine de cinquante kilos — plus lourds qu’elle —, les erreurs sanctionnées sans ménagement, l’oubli d’un ingrédient fatal : tout devient apprentissage. « Il suffisait de ne plus oublier le sel pour y arriver. C’était concret. »

Cette clarté du résultat, cette honnêteté du travail manuel, s’ancrent durablement en elle. Ses parents, loin de dénigrer l’artisanat, l’encouragent, à une condition non négociable : « Tu peux le faire, mais tu dois être la meilleure. » L’exigence devient alors sa boussole.

L'aventure comme révélation

À seize ans, Nina quitte la France pour le Mexique. Nous sommes à une époque sans réseaux sociaux, où l’éloignement se vit pleinement, où l’on ne peut appeler ses parents qu’après un mois de silence imposé. Cette immersion radicale agit comme un révélateur.

La championne du monde française de pâtisserie Nina Metayer pose lors d'une séance photo dans son atelier à Issy-Les-Moulineaux, près de Paris, le 6 novembre 2023 I Source : Getty Images

La championne du monde française de pâtisserie Nina Metayer pose lors d'une séance photo dans son atelier à Issy-Les-Moulineaux, près de Paris, le 6 novembre 2023 I Source : Getty Images

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Au contact des familles mexicaines, entre deux tortillas et des gestes de partage, elle découvre la portée symbolique du pain. On l’interroge, elle la Française, sur son savoir-faire. Sait-elle faire du pain ? Elle ne sait pas. Ce manque devient un appel.

Devant une petite boulangerie française à Playa del Carmen, alors encore composée de simples bungalows, elle entrevoit son avenir. Ce qui ne devait être qu’un moyen de subsister devient une passion irréversible. Elle rentre en France avec une certitude gravée au corps : elle sera boulangère.

Transformer la différence en destinée

Le retour à Paris est abrupt. À vingt ans, Nina Métayer affronte les préjugés d’un milieu qui ne l’attend pas. Son gabarit, jugé trop frêle, est perçu comme une faiblesse dans un métier de force. Elle en fera un levier.

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Hyperactive, rapide, méthodique, elle transforme sa différence en efficacité. « Il fallait que je sois la première à croire en moi pour que les autres y croient aussi », explique-t-elle.

Elle déconstruit les gestes, les fragmente, les optimise. Chaque mouvement devient une chorégraphie précise. Elle se spécialise comme tourière, ce métier de l’ombre où l’on plie et replie la pâte feuilletée, où naissent croissants et pains au chocolat. Elle aime cette rudesse, cette appartenance à une « brigade de bonshommes » où seule la qualité du produit final fait loi.

C’est pourtant la pâtisserie — et non la boulangerie — qui lui ouvrira les portes de la reconnaissance. Sur l’impulsion de sa mère, elle intègre l’école Ferrandi, avec une idée bien arrêtée : « Je rentre en tant que pâtissière, je vous montrerai que je sais faire du pain, et je deviendrai boulangère. »

La pâtissière française Nina Metayer pose lors d'une séance photo au Café Pouchkine, le 23 mai 2018 à Paris I Source : Getty Images

La pâtissière française Nina Metayer pose lors d'une séance photo au Café Pouchkine, le 23 mai 2018 à Paris I Source : Getty Images

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Le déclic du Meurice

Le véritable tournant s’opère au Meurice. Alors que bien des portes se ferment, celle du chef Camille Lesecq s’ouvre. Ce n’est ni le CV ni les titres qui le convainquent, mais cette flamme dans le regard, propre à ceux qui n’ont rien à perdre et tout à construire.

Dans les cuisines de ce palace, Nina apprend l’humilité des grandes maisons et la rigueur des fondations solides. « On ne peut pas monter d’un étage si l’on ne maîtrise pas le premier. »

De cette discipline naît un style singulier : une pâtisserie respectueuse du produit, nourrie par la fermentation — héritage direct de la boulangerie — et guidée par la recherche d’une émotion juste. « Le côté magique de la fermentation était incroyable. C’est la première fois où je me suis sentie bonne dans quelque chose, où j’avais quelque chose à apporter. »

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L’un des gestes les plus symboliques de son parcours demeure le rachat de la boulangerie de son mentor, Denis Barron, à La Rochelle. Un acte presque poétique, à rebours d’un monde dominé par la rentabilité.

Aujourd’hui encore, lorsqu’elle s’y rend à quatre heures du matin, elle revoit la jeune fille frissonnante sur son vélo, priant pour que ses baguettes soient réussies. Le temps a passé, mais l’émotion et la passion demeure intacte.

La créativité comme mission de vie

La créativité de Nina Métayer ne se limite pas à l’esthétique de ses desserts. Elle réside avant tout dans sa capacité à avoir réinventé son propre destin. Ses difficultés scolaires, sa fragilité physique apparente sont devenues ses plus grandes forces.

La pâtissière française Nina Metayer pose lors d'une séance photo au Café Pouchkine, le 23 mai 2018 à Paris I Source : Getty Images

La pâtissière française Nina Metayer pose lors d'une séance photo au Café Pouchkine, le 23 mai 2018 à Paris I Source : Getty Images

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Elle ne façonne pas seulement des gâteaux ; elle raconte des histoires de terre, de levain et d’audace. Son parcours est un message d’espoir pour tous ceux qui se sont sentis, un jour, en décalage avec le système.

Première femme à régner sur le sommet du monde sucré, elle n’oublie jamais que tout a commencé par de la farine sur les mains et le parfum rassurant d’un vieux boulanger charentais.

Nina Métayer incarne aujourd’hui une génération de chefs pour qui l’excellence n’exclut ni la sensibilité ni l’humain. Son art est un équilibre subtil entre la puissance du boulanger et la délicatesse du pâtissier. À travers ses boutiques Délicatisserie, elle continue de démontrer que la pâtisserie est bien plus qu’une gourmandise : c’est un langage universel.

« L’artisanat est concret. Il n’y a pas de subjectivité. » C’est dans cette vérité simple et exigeante que Nina Métayer a trouvé sa liberté — et c’est dans cette quête permanente de justesse qu’elle continue d’inspirer le monde, une fournée après l’autre.

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