
Julio Iglesias visé par une enquête pour agressions sexuelles sur deux anciennes employées
Deux anciennes employées accusent Julio Iglesias d’agressions sexuelles, des faits qu’elles affirment avoir subis en 2021 en République dominicaine et aux Bahamas. La Fiscalía de la Audiencia Nacional a ouvert des diligences préliminaires pour déterminer sa compétence à enquêter sur cette affaire.
Figure mythique de la chanson hispanophone, voix suave devenue emblème d’un certain art de vivre, Julio Iglesias se retrouve aujourd’hui au centre d’une affaire judiciaire d’une gravité inédite. L’homme qui a chanté l’amour, le désir et la passion est désormais visé par de lourdes accusations de viol, d’agressions sexuelles et de traite d’êtres humains, portées par deux anciennes employées. Une onde de choc traverse à la fois le monde artistique et les sphères politiques espagnoles, tandis que la justice entame un examen minutieux des faits.

Le chanteur Julio Iglesias participe à une séance photo et à une conférence de presse pour promouvoir son nouvel album « Mexico » à l'Hacienda Los Morales, le 23 septembre 2015, à Mexico, au Mexique I Source : Getty Images
Les accusations ont été révélées par une enquête conjointe du média espagnol elDiario.es et de la chaîne américaine Univision. Deux femmes, ayant travaillé pour Julio Iglesias en 2021 dans ses résidences de République dominicaine et des Bahamas, affirment avoir été victimes d’agressions sexuelles répétées dans un climat décrit comme oppressant, marqué par le contrôle, l’intimidation et la peur. Selon leurs témoignages, elles auraient évolué dans un environnement où toute contestation semblait impossible, tant le rapport de force leur était défavorable.
Le 5 janvier, la Fiscalía de la Audiencia Nacional, le parquet rattaché à la plus haute juridiction pénale espagnole compétente pour les crimes commis hors du territoire national, a reçu la plainte et ouvert des diligences pré-processuelles. Cette étape, encore préliminaire, ne préjuge pas de l’issue judiciaire, mais marque le point de départ d’un processus rigoureux destiné à déterminer si les tribunaux espagnols sont compétents pour instruire l’affaire.

Julio Iglesias se produit en direct sur scène au Royal Albert Hall le 13 mai 2014 à Londres, en Angleterre I Source : Getty Images
Au cœur de ce débat juridique se trouve l’article 23.2 de la loi organique du pouvoir judiciaire espagnol. Ce texte étend la juridiction de l’Espagne aux crimes commis à l’étranger par des ressortissants espagnols, à condition que trois critères soient réunis : que les faits soient également considérés comme des crimes dans le pays où ils auraient été commis, qu’une plainte soit déposée devant les tribunaux espagnols par les victimes ou le parquet, et que l’auteur présumé n’ait pas déjà été jugé ou condamné à l’étranger pour ces mêmes faits. La nationalité espagnole de Julio Iglesias, combinée à des faits allégués survenus hors d’Espagne et impliquant des victimes étrangères, place a priori l’Audiencia Nacional au centre du dossier.
Les magistrats du parquet devront notamment vérifier si les législations de République dominicaine et des Bahamas qualifient les faits décrits de crimes. À titre d’exemple, le code pénal dominicain réprime non seulement le viol, mais aussi la « servitude ou esclavage sexuel », une notion qui pourrait entrer en résonance avec les accusations formulées. Les enquêteurs examineront également si des plaintes ont été déposées localement ou si des procédures ont déjà été engagées dans ces pays.

Julio Iglesias se produit en concert à l'Infinite Energy Center le 6 décembre 2019 à Duluth, en Géorgie I Source : Getty Images
Sur le plan procédural, les diligences pré-processuelles consistent à recueillir les premiers éléments : auditions des plaignantes, vérifications juridiques, et évaluation globale de la crédibilité et de la cohérence des faits rapportés. À l’issue de cette phase, la Fiscalía devra décider soit de déposer une plainte formelle devant un juge d’instruction, soit de classer l’affaire. Conformément aux règles en vigueur, la « personne soupçonnée » devra être informée dès lors qu’un faisceau d’indices suffisant justifie une mise en cause, et pourra alors se constituer partie à la procédure.
L’affaire a également pris une dimension politique. Le gouvernement espagnol étudie la possibilité de retirer à Julio Iglesias la Médaille d’or des Beaux-Arts qui lui avait été attribuée en 2010. La vice-présidente Yolanda Díaz a estimé publiquement qu’une telle décision ne porterait pas atteinte à la présomption d’innocence, mais relèverait d’un signal symbolique face à la gravité des accusations. Le ministre de la Culture, Ernest Urtasun, a exprimé son indignation, évoquant des faits « alarmants » et « profondément répugnants ». À l’inverse, la ministre de l’Égalité, Ana Redondo, a appelé à la prudence, plaidant pour laisser d’abord la justice établir la vérité avant toute sanction symbolique.

Julio Iglesias se produit lors de son concert le 26 juin 2013 à Barcelone, en Espagne I Source : Getty Images
À ce stade, Julio Iglesias et son avocat n’ont pas répondu aux sollicitations répétées des journalistes. Le silence de l’artiste contraste avec l’ampleur médiatique de l’affaire et alimente les interrogations, sans pour autant remettre en cause le principe fondamental de la présomption d’innocence.