
Séparée de ses parents alors qu'elle était bébé, elle survit à l’anorexie : le témoignage poignant de Marianne James
Marianne James a livré un témoignage bouleversant sur ses troubles alimentaires qui la marquent depuis la naissance et les régimes qui ont failli lui coûter la vie. Aujourd’hui, elle confie être plus heureuse, tout en affirmant que son poids et son corps joue un rôle déterminant dans sa carrière.
Dans l’espace public contemporain, le corps des célébrités demeure un territoire constamment scruté, commenté, parfois jugé sans ménagement. À cette exposition permanente s’ajoute une injonction diffuse mais tenace : celle de la conformité aux normes esthétiques dominantes, souvent érigées en critères implicites de réussite, de crédibilité ou même de légitimité artistique.
Dans ce contexte, la parole de certaines figures publiques, lorsqu’elle ose s’aventurer sur le terrain intime du rapport au corps et à l’alimentation, revêt une portée singulière. L’intervention récente de Marianne James, le 11 janvier 2026 dans l’émission C à vous, s’inscrit précisément dans cette dynamique de dévoilement lucide et apaisé.

Marianne James assiste à la finale féminine de Roland-Garros 2018 - Quatorzième jour à Roland-Garros, le 9 juin 2018 à Paris, en France I Source : Getty Images
La chanteuse, cheffe d’orchestre et personnalité médiatique n’a pas évoqué son poids comme une simple caractéristique visible, mais comme l’aboutissement d’une histoire longue, complexe, profondément enracinée dans l’enfance. Elle est revenue sur des troubles alimentaires précoces, présents depuis la naissance. Une formule saisissante, qui rappelle combien certaines trajectoires corporelles ne relèvent ni du caprice ni du manque de volonté, mais d’une construction biologique, psychique et environnementale profondément imbriquée.
Marianne James a ainsi raconté qu’en juillet 1963, alors qu’elle n’avait pas encore un an, elle fut placée dans une structure spécialisée à Montpellier. L’objectif : lui apprendre à manger. L’évocation de cet épisode frappe par sa violence symbolique. Séparée de ses parents durant un mois, arrachée à ce qu’elle nomme son « milieu nourricier », l’enfant est soumise à une prise en charge médicale destinée à corriger un trouble grave. À un an et cinq mois, explique-t-elle, elle perdait du poids au point de retrouver celui d’un nourrisson. Elle se décrit alors comme « totalement anorexique », terme qui, au-delà de son acception clinique, dit l’ampleur du danger vital encouru.

Marianne James assiste à la 16e édition de Sidaction dans le cadre de la Fashion Week de Paris, le 25 janvier 2018 à Paris, en France I Source : Getty Images
D’un point de vue scientifique, ces troubles alimentaires du très jeune âge sont aujourd’hui mieux compris. Ils peuvent résulter de facteurs multiples : difficultés de régulation de l’appétit, troubles de l’attachement, stress périnatal, ou encore réponses inadaptées de l’environnement face aux signaux de l’enfant. Ce que rappelle le témoignage de Marianne James, c’est que le rapport à l’alimentation peut s’inscrire dès les premiers mois de la vie comme une zone de fragilité durable.
Pour autant, la chanteuse refuse toute posture victimaire. Elle affirme aujourd’hui vivre ce traumatisme « très bien », signe d’un travail d’élaboration psychique accompli. Cette pacification du passé n’efface pas les traces laissées sur le corps, mais elle permet de les habiter autrement, sans honte ni ressentiment.

La chanteuse Marianne James, commentatrice pour la France au concours Eurovision de la chanson 2015 à Vienne, participe à l'émission de télévision française « Vivement Dimanche » au Pavillon Gabriel, le 13 mai 2015 à Paris, en France I Source : Getty Images
La question du poids, loin d’être évacuée, est abordée frontalement. Marianne James évoque sans détour les multiples régimes qu’elle a suivis au cours de sa vie, reflet d’une pression sociale omniprésente, y compris dans les sphères artistiques. Elle confie avoir frôlé la mort à cause de l’un d’eux, en particulier un régime exclusivement protéiné. Ironique et lucide à la fois, elle lâche : « Par contre, qu’est-ce que ça marche ! » À l’époque, elle descend à 62 kilos pour 1 mètre 80 — une maigreur extrême, médicalement préoccupante. Aujourd’hui, elle annonce peser 162 kilos.
Ces chiffres, souvent brandis comme des marqueurs de réussite ou d’échec dans l’imaginaire collectif, sont ici réinscrits dans une trajectoire humaine. Marianne James affirme se sentir plus heureuse aujourd’hui qu’à l’époque de la minceur extrême. Cette déclaration vient heurter de plein fouet une idée largement répandue : celle selon laquelle le bonheur serait proportionnel à la conformité corporelle.

La chanteuse Marianne James assiste à la première du film « On Tour » au Palais des Festivals lors du 63e Festival annuel de Cannes, le 13 mai 2010 à Cannes, en France I Source : Getty Images
Dans le champ de la célébrité, son gabarit a également une fonction paradoxale. Elle observe que sa stature imposante semble, d’une certaine manière, la protéger de la méchanceté gratuite. Comme si son corps, par sa visibilité assumée, instaurait une distance, voire un respect involontaire. Cette remarque éclaire une réalité souvent passée sous silence : la violence symbolique ne s’exerce pas de la même façon selon la manière dont les corps occupent l’espace public.
Le témoignage de Marianne James invite ainsi à dépasser les lectures simplistes de l’obésité. Il rappelle que le poids n’est ni un choix isolé, ni un simple indicateur de santé morale ou personnelle. Il est le résultat d’une histoire biologique, affective et sociale. En assumant publiquement cette complexité, la chanteuse offre un contre-récit précieux à une société encore trop prompte à juger.
À l’heure où la visibilité médiatique peut exacerber les stigmatisations, cette parole posée, informée et dénuée de complaisance constitue un acte presque politique. Elle redonne au corps sa dimension première : celle d’un lieu vécu, traversé par des blessures, mais aussi par une capacité de résilience et de joie retrouvée.
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