
Le point sur l'hantavirus : patient zéro, modes de propagation et prévisions des experts
Les autorités sanitaires tentent toujours de comprendre comment une rare épidémie d’hantavirus a pu se propager à bord d’un navire de croisière, tandis que de nouveaux éléments émergent au sujet du premier passager soupçonné d’avoir contracté le virus.
Le mystère inquiétant entourant l’épidémie mortelle d’hantavirus à bord du MV Hondius a pris une tournure encore plus troublante. Les enquêteurs pensent avoir identifié l’homme qui aurait introduit le virus à bord à son insu, déclenchant ensuite une chaîne d’événements alarmants sur ce navire d’expédition.

Le paquebot MV Hondius au large du port de Praia, capitale du Cap-Vert, le 5 mai 2026. | Source : Getty Images
Selon les autorités, l'ornithologue néerlandais Leo Schilperoord, âgé de 70 ans, est désormais soupçonné d'être le « patient zéro » de l'épidémie après être tombé gravement malade pendant la traversée et être décédé en mer. Quelques jours plus tard, son épouse, Mirjam Schilperoord, âgée de 69 ans, a également succombé à la maladie après avoir tenté désespérément de rentrer chez elle aux Pays-Bas.
Un voyage de rêve pour observer les oiseaux tourne au cauchemar
Ces révélations bouleversantes ont stupéfié tant la communauté scientifique que celle des ornithologues amateurs, au sein desquelles le couple était largement connu pour sa passion de longue date pour l'exploration de la faune sauvage et les expéditions à la découverte d'oiseaux exotiques. Selon les enquêteurs, le couple aurait pu contracter la souche andine du hantavirus, rare et très redoutée, lors d'une escale près d'Ushuaia, en Argentine, peu avant d'embarquer sur le navire.

Une vue aérienne montrant le personnel médical aidant des patients à monter à bord d'un bateau depuis le paquebot MV Hondius, alors que celui-ci était à quai dans le port de Praia, la capitale du Cap-Vert, le 6 mai 2026. | Source : Getty Images
Les Schilperoord, originaires du paisible village néerlandais de Haulerwijk, avaient apparemment passé des mois à parcourir l'Amérique du Sud pour ce que leurs proches décrivaient comme une aventure d'ornithologie tant attendue. Les nécrologies publiées dans le magazine local de leur village brossaient le portrait d'un couple profondément uni par leur amour de l'ornithologie, de la protection de la nature et des voyages.
Leo et Mirjam avaient déjà coécrit des travaux de recherche sur les oies à bec court et auraient parcouru le monde à la recherche d'espèces rares, notamment au Sri Lanka et en Amérique du Sud. Mais ce qui avait commencé comme une expédition idyllique dans la nature a rapidement tourné à la tragédie.

Le paquebot MV Hondius au large du port de Praia, capitale du Cap-Vert, le 4 mai 2026. | Source : Getty Images
Les autorités argentines estiment désormais que le couple aurait pu être exposé au virus lors d’une visite effectuée fin mars dans une décharge située en périphérie d’Ushuaïa, un secteur fréquenté par des passionnés d’ornithologie venus observer le Caracara de Darwin, une espèce rare emblématique de la région.
Les enquêteurs privilégient l’hypothèse d’une contamination par inhalation de particules en suspension dans l’air, potentiellement souillées par des excréments de rongeurs infectés. La souche andine du virus suscite une vive inquiétude parmi les autorités sanitaires, puisqu’elle demeure, à ce jour, la seule forme connue d’hantavirus capable de se transmettre d’une personne à l’autre.

Des membres du personnel de santé revenant du paquebot MV Hondius sont aperçus au port de Praia, la capitale du Cap-Vert, tandis que des personnes vêtues de combinaisons de protection sont aidées à monter dans une ambulance, le 6 mai 2026. | Source : Getty Images
L'horreur, quelques jours après l'embarquement
À peine quatre jours après s'être rendu sur le lieu présumé de l'exposition, le couple a embarqué à bord du MV Hondius le 1er avril, en compagnie de plus d'une centaine de passagers, dont de nombreux scientifiques et autres passionnés d'ornithologie. C'est alors qu'ont surgi les premiers signes inquiétants indiquant que quelque chose n'allait vraiment pas. Leo aurait commencé à présenter des symptômes le 6 avril, notamment de la fièvre, de violentes douleurs abdominales, des maux de tête et de la diarrhée.
Ce qui semblait au départ être une maladie banale s'est rapidement transformé en un cauchemar médical. Cinq jours plus tard, il est décédé à bord du navire. Mirjam a ensuite débarqué à Sainte-Hélène pour accompagner le corps de son mari avant de poursuivre son voyage vers l'Afrique du Sud.

Le paquebot MV Hondius au large du port de Praia, capitale du Cap-Vert, le 4 mai 2026. | Source : Getty Images
Mais l'horreur était loin d'être terminée. Alors qu'elle tentait d'embarquer sur un vol à destination des Pays-Bas, Mirjam est tombée gravement malade et s'est ensuite effondrée à l'aéroport avant de décéder. Cette double tragédie choquante a attisé les craintes grandissantes sur Internet, alors que les détails concernant l'épidémie continuent de se propager sur les réseaux sociaux.
La peur grandit parmi la population à mesure que les avertissements se propagent sur Internet
Alors que les autorités sanitaires poursuivent le traçage des contacts potentiels et surveillent les passagers, les réactions en ligne se font de plus en plus inquiètes, beaucoup se demandant ouvertement si le public saisit pleinement la gravité de la situation. Certains commentateurs ont mis l'accent sur des images troublantes montrant des professionnels de santé en tenue de protection intervenant face à l'épidémie.

Des professionnels de santé en tenue de protection transfèrent des patients dans une ambulance après l'évacuation de trois cas suspects d'infection par le hantavirus d'un navire à Praia, au Cap-Vert, le 6 mai 2026. | Source : Getty Images
« Regardez bien les combinaisons que portent les équipes chargées de lutter contre l’hantavirus », a écrit un internaute. D’autres ont averti que l’épidémie pourrait être plus dangereuse qu’on ne le pensait initialement. « Je crains qu’il ne s’agisse d’une maladie de catégorie 2 », a commenté une personne, tandis qu’une autre a écrit : « C’est très grave. » « Êtes-vous en train de dire que c’est plus grave que nous le pensons ? », a demandé une autre personne.
Cette inquiétude grandissante survient alors que les autorités continuent de tenter de rassurer la population en affirmant que le risque global reste faible malgré les circonstances terrifiantes entourant ces décès. Les responsables sanitaires enquêtent toujours sur l'épidémie, notamment sur la possibilité de modes de transmission liés à la souche des Andes, qui inquiète depuis longtemps les experts en raison de sa rare capacité à se propager entre humains.

Une personne vêtue d'une combinaison de protection est escortée vers une ambulance depuis un avion sanitaire qui aurait transporté certains passagers du paquebot MV Hondius, soupçonnés d'être infectés par le hantavirus, à l'aéroport de Schiphol, près d'Amsterdam, le 6 mai 2026. | Source : Getty Images
Les autorités sanitaires poursuivent leurs investigations pour comprendre comment une rare épidémie d’hantavirus a pu se propager à bord d’un navire de croisière, alors que de nouveaux éléments émergent au sujet du premier passager soupçonné d’avoir contracté le virus.
Qu'est-ce que l'hantavirus exactement et pourquoi les experts sont-ils si inquiets ?
Les spécialistes de la santé tentent aussi de mieux éclairer le public sur les modes de transmission du hantavirus, les symptômes à surveiller et les raisons pour lesquelles la souche dite « Andes » suscite une vive préoccupation au sein de la communauté scientifique.

Les premiers passagers du MV Hondius se rendent à l'aéroport de Ténérife, accompagnés par un membre du Service sanitaire extérieur espagnol, après avoir débarqué au port de Granadilla, à Ténérife, dans les îles Canaries, le 10 mai 2026. | Source : Getty Images
Les hantavirus se transmettent principalement par le biais de rongeurs infectés et de leurs fluides corporels, notamment l’urine, la salive et les excréments. Dans la majorité des cas, la contamination survient après l’inhalation de particules infectées en suspension dans l’air.
Les autorités sanitaires précisent également que l’infection peut être contractée après avoir touché des surfaces contaminées puis porté les mains à la bouche, au nez ou aux yeux, mais aussi après la consommation d’aliments souillés ou à la suite de morsures et de griffures de rongeurs.
La plupart des souches de hantavirus recensées en Amérique du Nord et du Sud sont susceptibles de provoquer le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), une maladie respiratoire rare, sévère et potentiellement mortelle.

Des passagers transportent leurs effets personnels dans des sacs en plastique après avoir été évacués du MV Hondius à son arrivée au port de Granadilla, le 10 mai 2026, à Ténérife, dans l'archipel des Canaries, en Espagne. | Source : Getty Images
La souche « Andes », désormais associée à l'épidémie survenue à bord du MV Hondius, est jugée particulièrement préoccupante, car c'est l'une des rares souches de hantavirus connues à pouvoir se transmettre d'une personne à l'autre.
Des symptômes semblables à ceux de la grippe, mais mortels
Les premiers symptômes du syndrome de SPH peuvent sembler trompeusement bénins au début, ressemblant souvent à ceux de la grippe. Les patients peuvent présenter de la fièvre, de la fatigue, des maux de tête, des douleurs abdominales et de fortes douleurs musculaires avant que la maladie ne s'aggrave rapidement. Dans les cas les plus graves, les victimes peuvent ensuite développer des complications respiratoires terrifiantes à mesure que du liquide envahit les poumons, rendant la respiration de plus en plus difficile.

Des passagers transportent leurs effets personnels dans des sacs en plastique après avoir été évacués du MV Hondius à son arrivée au port de Granadilla, le 10 mai 2026, à Ténérife, dans l'archipel des Canaries, en Espagne. | Source : Getty Images
Les spécialistes de la santé rappellent avec insistance que la rapidité de la prise en charge médicale peut jouer un rôle déterminant face au hantavirus. À ce jour, aucun traitement antiviral spécifique ni vaccin approuvé ne permet de soigner directement cette infection.
Lorsqu’un syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH) est suspecté, les patients sont généralement admis en unité de soins intensifs afin de recevoir des soins de soutien. Les équipes médicales cherchent alors à stabiliser la respiration, à maintenir les fonctions vitales et à accompagner l’organisme durant l’évolution de la maladie.
Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), près de quatre patients sur dix diagnostiqués avec un SPH succombent à la maladie, ce qui en fait l’une des infections respiratoires virales les plus redoutées par les autorités sanitaires.

Des équipes médicales et des responsables se préparent à l'arrivée des passagers après l'accostage du MV Hondius au port de Granadilla, le 10 mai 2026, à Tenerife, dans l'archipel des Canaries, en Espagne. | Source : Getty Images
Cette épidémie a également ravivé l'intérêt général pour les hantavirus après le décès, en 2025, de l'acteur légendaire Gene Hackman et de son épouse, Betsy Arakawa. Les autorités ont conclu que Betsy était décédée d'un syndrome pulmonaire à hantavirus après avoir probablement été exposée à des excréments de rongeurs près du domicile du couple.

Des ouvriers arrivent vêtus de tenues de protection après l'accostage du MV Hondius au port de Granadilla, le 10 mai 2026, à Tenerife, dans l'archipel des Canaries, en Espagne. | Source : Getty Images
Gene lui-même, cependant, n'est pas décédé des suites du virus. Selon les autorités, son décès serait dû à des complications naturelles liées à une maladie cardiaque et à la maladie d'Alzheimer.
L'épidémie de la croisière pourrait être différente, selon les experts
Selon les scientifiques, la situation à bord du MV Hondius est particulière, car les enquêteurs soupçonnent désormais qu'au moins certains cas d'infection pourraient résulter d'une transmission interhumaine liée à la souche Andes. Malgré tout, les spécialistes de la santé continuent de souligner qu'il est peu probable que le virus se propage à grande échelle par le biais des voyages aériens commerciaux.

Un passager transporte ses affaires dans un sac en plastique vers un bus qui l'attend après avoir été évacué du MV Hondius à son arrivée au port de Granadilla, le 10 mai 2026, à Ténérife, dans l'archipel des Canaries, en Espagne. | Source : Getty Images
Robert Cross, professeur associé à la faculté de médecine de l'université du Texas, a déclaré que « le grand public n'a aucune raison de s'inquiéter » et a ajouté que le risque de transmission à bord des avions restait « pratiquement nul » aux États-Unis. Il a également souligné que les avions modernes sont déjà équipés de systèmes sophistiqués de filtration de l'air spécialement conçus pour réduire la propagation des maladies infectieuses.
Les experts affirment que les voyageurs qui restent inquiets peuvent réduire davantage leur risque en adoptant une bonne hygiène des mains et en portant des masques respiratoires N95, en particulier lorsqu’ils voyagent dans des régions où la souche Andes est connue pour circuler. Parallèlement, les autorités sanitaires ont continué à reconstituer une chronologie plus précise de cette terrifiante épidémie à bord du MV Hondius.

Des passagers sont évacués à bord de petites embarcations depuis le MV Hondius dans le port de Granadilla, le 10 mai 2026, à Ténérife, dans l'archipel des Canaries, en Espagne. | Source : Getty Images
L'Organisation mondiale de la santé a également confirmé qu'un passager allemand avait développé des symptômes vers la fin du mois d'avril avant de décéder à bord du navire le 2 mai. Les enquêteurs s'efforcent toujours de déterminer comment le virus s'est propagé parmi les passagers — et si certains cas ont impliqué une transmission directe d'homme à homme.