Exclusif : Denis Mukwege, le prix Nobel de la Paix, donne une interview - "tracer une ligne rouge contre le viol comme arme de guerre"

Le Docteur Denis Mukwege, Gynécologue-obstétricien congolais, s'est exprimé lors d'une interview au HuffPost Maghreb.  

Ceux qui ont reçu les Prix Nobel de la paix, Nadia Mourad, Muhammad Yunus et le Docteur Mukwege sont les invités d'honneur du forum Stand Speak Rise Up ce 26 et 27 mars derniers.

Cette proposition de la Grande-Duchesse du Luxembourg est consacré à signaler et vaincre les violences sexuelles dans les zones sensibles, durant laquelle Denis Mukwege incite la communauté internationale à faire agir.

"Je souhaiterais en effet que la communauté internationale trace une ligne rouge contre l’utilisation du viol comme arme de guerre".

Depuis la création de l'hôpital en 1999, l'homme travaille pour rendre aux victimes de viols de guerre, leurs dignité et honorabilité.

Le Gynécologue-obstétricien ne se lasse de briser le silence de la société. Effectivement, ce silence permet aux criminels de continuer leurs actes sans être punis. Ensuite, Denis Mukwege a été interrogé sur son combat.

"Vous avez lancé un appel à tracer une ligne rouge contre l'utilisation du viol comme arme de guerre. À quoi pensez-vous concrètement ?",

interrogea HuffPost Maghreb.

Dr Denis Mukwege a répondu qu'il voudrait en effet que la communauté internationale trace une ligne rouge contre l'utilisation du viol comme arme de guerre.

La communauté nationale utilise toujours l'argument de la souveraineté nationale à chaque fois qu'elle ne veut pas faire quelque chose. Une chose qui n'est absolument pas crédible car le peuple est le seul souverain dont il est mieux d'écouter la souffrance.

Actuellement, chaque pays peut mettre en place des règles simples. Des règles comme interdire l'arrivée de ces violeurs dans son pays, bloquer les biens des États ou des personnes impliquées, ne pas donner des armes aux militaires auteurs de ces crimes mais par contre aider les ONG qui travaillent sur place.  

Il faut oser, c'est le changement de mentalité qu'il faut désormais avoir pour faire savoir que ces viols sont des crimes inadmissibles. Les violeurs des femmes du Kosovo sont par exemple, des politiciens haut placés en Serbie.

"Je respecte la souveraineté des Serbes mais aussi la dignité des femmes kosovar violées.

Comment imaginer que demain ce pays puisse devenir membre de l'Union Européenne sans balayer devant sa porte ? Quand je discute avec ces survivantes, je me dis que quelques part la justice ne fonctionne pas",

explique Dr Denis Mukwege.

"Le viol est en réalité une arme très efficace de destruction massive destinée à atteindre les communautés ?",

demanda encore HuffPost Maghreb.

C'est exactement cela. La majorité de ces viols sont accompagnés de violences et préparés à l'avance. Ils se passent en public et filmés avec des téléphones. Les viols se font sous les yeux des villageois. Les enfants, le mari ou la femme de la victime sont obligés d'assister à ces scènes de viols.

Ces viols devenus formels, créent des troubles physiquement mais aussi psychologiquement aux victimes ainsi qu'à leurs entourage. Ces actes, de manière intense, détruisent les relations familiales et le rapport entre les individus.

 

La mère n'est plus à sa place, le père est incapable de protéger sa famille et les enfants victimes de viols ne se sentent plus en sécurité, et cela en permanence.

La valeur et la solidarité n'existent plus, par conséquent, la communauté devient fragile. Il s'agit là du jeu des chefs de guerre qui prennent possession des terres et de leur richesses comme en RDC ou des armées opposent dans une guerre entre États.

Pendant l'absence du Président Emmanuel Macron, Brigitte Macron a pris ses fonctions. En effet, ce mercredi 19 février, alors que le Président était en retard, sa femme commençait à recevoir les invités dans l'Élysée.

Parmi les invités apparaissait la jeune actrice Emma Watson ainsi que Denis Mukwege et Nadia Mourad, des Prix Nobel de la paix en 2018 pour la lutte contre les violences sexuelles.