Claude Guéant : sa femme décédée était impliquée dans une fraude à 500 000 euros avant qu'il ne soit emprisonné

Jacques Ronny
15 déc. 2021
17:08
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L’ancien secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, a été incarcéré pour 9 mois à la prison de la Santé, à Paris, dans le quartier dit des personnes vulnérables, lundi 13 décembre 2021.

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Claude Guéant a été mis à l’écrou en application de sa condamnation en 2017 dans l’affaire des primes en liquide du ministère de l'Intérieur. Son avocat tente le tout pour le tout pour le faire sortir en raison de son état de santé. Mais il semblerait que l’ancien grand commis de l’État ne soit pas au bout de ses surprises, avec un passé qui semble l’avoir rattrapé.

IL EST ACCUSÉ D’AVOIR AIDÉ SES ENFANTS

Si depuis sa condamnation en 2017, Claude Guéant payait 3000 euros/mois afin de s’acquitter de sa dette, la justice a estimé qu’il n'effectuait pas le nécessaire pour payer son amende, révoquant ainsi son sursis et sa liberté conditionnelle. 

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Claude Guéant à son bureau Place Beauvau le 3 avril 2011 à Paris, France. | Photo : Getty Images

Ce revirement de situation de la part des magistrats de la cour d’appel de Paris, l'avocat de Claude Guéant, maître Philippe Bouchez-El Ghozi, l’explique par le fait qu’ “on lui a reproché d'avoir aidé ses enfants plutôt que d'accélérer le remboursement de sa dette.”

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"Ses enfants étaient en grande difficulté à un moment et il a tenu à les aider. (...) Il avait quand même une obligation alimentaire à l'égard de ses enfants et je crois qu'on ne peut pas facilement lui reprocher cela",

justifie-t-il au micro de RTL juste avant d’évoquer le fait que les sorties de son client, notamment au théâtre, n’étaient apparemment pas du goût des juges.

Claude Gueant au ministère de l'intérieur au mois de janvier 2015. | Photo : Getty Images

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Et pourtant, durant son audience, l’homme politique français a fait savoir qu’il “est étranglé financièrement” et qu’il lui était impossible par conséquent de payer plus. Il faut savoir qu’il payait 3000 euros par mois sur les 5500 euros qu’il gagnait. D’après le parquet national français, Claude Guéant n’a réglé à ce stade que 36 % de sa dette.

“Il paie ce qu’il peut payer, c’est-à-dire 3000 euros par mois, il n’a pas d’argent caché donc il ne peut pas payer plus, et malgré ça, on décide qu’on l'enverrait en prison”,

déplore son avocat.

Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant au commissariat du centre d'affaire le 14 décembre 2011, France. | Photo : Getty Images

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Une situation qui a assurément accablé celui dont le cœur n’est plus aussi costaud qu’avant. D’ailleurs, dès son arrivée à la prison de la Santé, à Paris, son avocat a demandé à ce que son client soit examiné suite à ses antécédents médicaux.

IL A SUBI UNE LOURDE OPÉRATION

Les inquiétudes portées par maître Philippe Bouchez-El Ghozi à l’adresse de la justice française semblent fondées si on se réfère au dossier médical de son client.

En effet, en 2011, l’ancien commis de l’État avait dû arrêter d’exercer ses fonctions pendant une quinzaine de jours à cause d’une importante opération cardiaque. Sans oublier le malaise dont il a été victime dans son appartement en 2013.

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Claude Guéant dans les vestiares d'un commissariat de police le 20 juin 2010 à Sevran, France. | Photo : Getty Images

POURQUOI EST-CE QUE LE MINISTRE EST EN PRISON ?

Claude Guéant est mis à l’écrou pour 9 mois, incarcéré à la prison de la Santé, à Paris, dans le cadre de l’affaire dite “Des primes en liquide”.

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Mais pour mieux comprendre cette descente aux enfers pour l’ex bras droit de Nicolas Sarkozy, il faut remonter aux années 2002-2004. À l’époque, Claude Guéant est directeur de cabinet de l’ancien président Sarkozy au ministère de l'Intérieur. 

Et pendant plusieurs mois, l’homme s'était octroyé quelques milliers d’euros par mois en piochant dans l’enveloppe destinée aux FES (frais d’enquête et de surveillance des policiers). À l’origine, cette somme est destinée à rémunérer des informateurs, à faire de la surveillance ou encore de l’investigation.

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Au total, l’ancien secrétaire général de l’Élysée s’est accordé plus d’une centaine de milliers d’euros de primes indues en liquide, une vieille pratique qui a pourtant été interdite par Lionel Jospin. Au cours de l’enquête, on découvre également qu’il aurait fait profiter trois de ses collaborateurs et effectué des achats de mobiliers en liquide.

Claude Guéant s'adresse à la presse après une opération visant à arrêter Mohammed Merah. | Photo : Getty Images

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Interrogé par France 24, le principal intéressé se défend en disant qu’il n’aurait jamais pensé que ces “compléments de salaires” étaient illégaux.

“C’était de l’argent qui était donné comme ça, effectivement, qui n’avait pas de statut fiscal”,

avait-il expliqué avant d’avouer avoir effectivement pris quelques milliers d’euros par mois.

Rattrapé par la justice, Claude Guéant est condamné à 2 ans d'emprisonnement dont 1 ferme, 105 000 euros de dommages-intérêts et 75 000 euros d’amende.

L'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant arrive pour son procès dans l'affaire baptisée "Elysée Sondages" au palais de justice de Paris le 18 octobre 2021. | Photo : Getty Images

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Mais Claude Guéant n’est pas encore au bout de ses peines. En effet, à part cette affaire “Des primes en liquide”, l’ancien ministre a aussi été jugé, ce 3 décembre, pour avoir commandé des centaines de sondages sans appel d'offres lors du quinquennat de Sarkozy.

À cela s'ajoutent également les enquêtes sur son implication dans l’affaire crédit lyonnais et la vente de tableaux flamands controversés. 

Mais l’accusation la plus grave portée à son encontre concerne le financement de la Libye de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Dans cette affaire, il est mis en examen pour corruption car il est soupçonné d’avoir organisé des voyages pour la Libye afin de trouver de l’argent pour financer la campagne de l’ancien président français.

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L'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant arrive pour son procès dans l'affaire baptisée "Elysée Sondages" au palais de justice de Paris le 18 octobre 2021. | Photo : Getty Images

Pour l’heure, son avocat se défend bec et ongles pour pouvoir le faire sortir de prison, évoquant notamment son âge quelque peu avancé comme l’une des raisons pour l'aménagement de ses peines. Et en parallèle, ses proches tentent de réunir la somme qu’il doit au Trésor public pour pouvoir aider en faveur d’une libération.

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SA FEMME ÉTAIT IMPLIQUÉE DANS SA FRAUDE FINANCIÈRE

Si l’homme politique fait désormais la une des médias pour cette affaire de primes en liquide, les enquêteurs se sont également intéressés aux tableaux d’Andries Van Eertvelt que ce dernier aurait acquis avec l’aide de sa défunte épouse.

Claude Guéant avec les commerçants de la Gare Beaudotte le 1 septembre 2011 à Sevran, France. | Photo : Getty Images

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En effet, au cours de la perquisition effectuée le 27 février 2013 , on a découvert un versement d’un demi-million d’euros sur son compte bancaire ainsi que l’identité de la personne qui avait acquis frauduleusement les fameux tableaux flamands. Il s’agissait de Rose-Marie Benoist, sa femme. 

“Ni mon épouse ni moi n’aurions procédé à un achat de ce prix à l’époque”,

avait rétorqué le mari. Quoi qu’il en soit, la lumière sera également faite par les enquêteurs concernant cette affaire, mais ce sera Claude Guéant, lui seul, qui en répondra devant la justice française. 

Claude Guéant et son épouse Rose-Marie arrivent pour un dîner au Petit Palais, après avoir assisté au sommet fondateur de l'Union pour la Méditerranée de Paris, le 13 juillet 2008. | Photo : Getty Images

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LA MORT DE SA FEMME

De son vivant, Rose-Marie Benoist et Claude Guéant ont toujours formé un couple uni et dévoué. Malheureusement, cet amour n’a pas pu venir à bout du cancer fulgurant qui l’a emportée en seulement quelques mois. 

Ce mois d’octobre 2008, l’un des hommes les plus influents de France perdait l’amour de sa vie, une partie de lui-même. 

Aujourd’hui, Claude Guéant, conscient de la gravité de son acte, semble vouloir réparer ses erreurs - bien que la justice constate qu’il ne fait pas encore assez d’efforts. 

Claude Guéant, arrive pour assister à un dîner d'État avec le président sud-africain Jacob Zuma et son épouse au Palais de l'Élysée le 2 mars 2011 à Paris. | Photo : Getty Images

Maître Philippe Bouchez-El Ghozi arrivera-t-il à avoir gain de cause auprès du juge de l’application des peines pour son client ou est-ce que ce dernier passera Noël, seul, loin de ses enfants, Marie-Sophie et François, avec comme seul paysage, les 4 murs de sa prison ?

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