
Violences sexuelles dans le périscolaire — Emmanuel Grégoire aux parents : « Je ne peux que les comprendre, leur demander pardon »
Secouée par une vague inédite de révélations de violences sexuelles dans les écoles, la Ville de Paris engage un tournant radical. Entre témoignages bouleversants et reconnaissance de failles systémiques, le nouveau maire, Emmanuel Grégoire, promet un plan d’action ambitieux pour sécuriser le périscolaire et répondre à l’angoisse des familles.
Le choc est à la mesure de la gravité des faits. Depuis plusieurs mois, les révélations de violences, parfois sexuelles, dans le cadre périscolaire parisien ont profondément ébranlé la confiance des familles. Ce qui apparaissait naguère comme une succession de cas isolés révèle aujourd’hui, à la lumière des témoignages et des enquêtes, les contours d’un dysfonctionnement plus large, potentiellement systémique.

Une petite fille en pleurs, assise par terre, se couvrant le visage I Photo d'illustration I Source : Getty Images
Face à cette crise, le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a fait du périscolaire la « priorité absolue » du début de son mandat. Un conseil de Paris exceptionnel, prévu à la mi-avril, sera entièrement consacré à ce sujet devenu brûlant.
D’emblée, l’édile reconnaît une responsabilité collective. « Il y a eu du silence », admet-il dans une interview accordée au journal Le Monde, évoquant une forme d’isolement des équipes de proximité et une tendance à minimiser des faits pourtant révélateurs d’un « risque systémique ». Plus inquiétant encore, il pointe l’existence possible d’une « omerta systémique », ayant retardé la prise de conscience.
Les chiffres eux-mêmes témoignent d’une évolution préoccupante : si des faits de violences ont toujours existé, leur ampleur s’est accentuée en 2024 et surtout en 2025. Dans ce contexte, certaines vulnérabilités apparaissent clairement, notamment dans les écoles maternelles, où les enfants, très jeunes, sont moins à même d’exprimer ce qu’ils subissent. Le maire souligne également un profil majoritairement masculin parmi les agresseurs.

Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, prend la parole lors d'une conférence sur la santé mentale (Assises de la santé mentale) à Paris, le 1er avril 2026 I Source : Getty Images
Mais derrière ces constats, ce sont avant tout des histoires humaines qui donnent la mesure du drame.
Julie, mère de deux enfants de trois et quatre ans, pensait avoir trouvé dans une école maternelle publique parisienne un environnement sûr et bienveillant. Les premières semaines s’étaient déroulées sans heurt, jusqu’à l’apparition de signes inquiétants : troubles du comportement, repli sur soi, phrases énigmatiques. « Maman, cette école, c’est la bagarre », répétait son fils.
Peu à peu, les symptômes se sont aggravés. Sa fille, autrefois vive, s’est enfermée dans le silence. Des douleurs inexpliquées, des blessures, une régression brutale ont installé un climat d’angoisse. Le déclic survient le 29 janvier, à la faveur d’un reportage télévisé : les mécanismes décrits résonnent douloureusement avec leur quotidien. L’évidence s’impose alors, brutale. Leur fille évoque des faits d’une gravité extrême. « On se rend compte qu’elle nous dit qu’elle a été violée », confie Julie, encore sidérée.

Emmanuel Grégoire, le nouveau maire de Paris, arborant son écharpe tricolore, s'adresse aux journalistes à l'issue de la première séance du conseil municipal à l'Hôtel de Ville de Paris, le 29 mars 2026 I Source : Getty Images
Avec le recul, chaque détail prend un sens nouveau. Les absences d’enseignants, les journées confiées au personnel périscolaire, sans information claire aux parents, deviennent autant de zones d’ombre. Les enfants accusent directement certains animateurs. Leur témoignage s’inscrit dans une vague plus large de signalements qui, mis bout à bout, dessinent les contours d’un scandale.
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a reconnu lui-même « un niveau de contrôle insuffisant ». Il a appelé les collectivités, en premier lieu la Ville de Paris, à renforcer la vérification des antécédents et à écarter sans délai les personnels incriminés.
C’est précisément sur ces points que le plan municipal entend agir. Première exigence : la transparence. Désormais, des statistiques trimestrielles seront publiées, incluant le nombre de signalements et de suspensions. Les familles bénéficieront d’un livret d’accueil et de réunions de rentrée dédiées au périscolaire, afin de mieux comprendre les dispositifs en place.

Le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, assiste à la cérémonie d’adieu et de remerciement organisée en l’honneur de la maire sortante Anne Hidalgo à l’Hôtel de Ville de Paris, le 25 mars 2026 I Source : Getty Images
En cas de signalement, des réunions spécifiques seront organisées rapidement, et les conclusions des enquêtes administratives seront communiquées aux familles concernées. Une commission indépendante sera également mise en place pour dresser un état des lieux exhaustif et formuler des recommandations.
Autre axe majeur : la simplification des procédures de signalement. Une chaîne claire, accessible à tous — agents, parents et enfants — sera instaurée dans chaque école. Une cellule d’écoute dédiée permettra aux familles de saisir directement les autorités compétentes. Parallèlement, la doctrine de suspension immédiate des agents en cas de soupçon sera strictement appliquée.
La coordination entre institutions — Ville, parquet, police et Éducation nationale — sera renforcée, afin d’accélérer le traitement des alertes et d’éviter les délais insoutenables pour les familles. Car aujourd’hui, ces délais tiennent aussi à une réalité structurelle : les services spécialisés, notamment les brigades des mineurs, sont saturés par l’ampleur des violences intrafamiliales.

Portrait d'Emmanuel Grégoire, député du groupe des Socialistes et Apparentes et candidat de la Gauche unie à la mairie de Paris, prononçant un discours après sa victoire aux élections municipales de Paris lors de la soirée électorale du second tour des élections municipales françaises de 2026, à la Rotonde Stalingrad à Paris, en France, le 22 mars 2026 I Source : Getty Images
Pour améliorer la prise en charge des victimes, la Ville accompagnera la création d’une « Maison des enfants », en lien avec des structures spécialisées comme la Maison des femmes. Ce lieu permettra de recueillir la parole des enfants et de réaliser rapidement des constats médicaux, élément crucial dans des procédures où les preuves peuvent disparaître en quelques semaines.
La formation constitue un autre pilier du plan. Tous les agents municipaux seront formés à la prévention des violences faites aux mineurs dans un délai de deux mois. À partir de septembre 2026, une école parisienne du périscolaire verra le jour, dispensant une formation initiale obligatoire de quarante-huit heures. Une structure interne dédiée au BAFA devrait également être créée.
Enfin, les procédures de recrutement seront strictement encadrées, avec la consultation systématique de plusieurs fichiers de vérification. Le non-respect de ces règles sera désormais considéré comme une faute.

Une jeune fille assise seule dans le noir I Photo d'illustration I Source : Getty Images
Le coût global de ces mesures est estimé à une vingtaine de millions d’euros, auxquels s’ajoutent dix millions pour la sécurisation des infrastructures. « S’il faut davantage, je le ferai », assure le maire.
Reste à savoir si ces annonces suffiront à restaurer la confiance. Car pour de nombreuses familles, la blessure est profonde. Entre colère, incompréhension et sentiment d’abandon, elles attendent désormais des actes à la hauteur du traumatisme subi.
« Certains parents nous en veulent, je ne peux que les comprendre, leur demander pardon et leur promettre que nous allons agir pour la sécurité de leur enfant », conclut Emmanuel Grégoire. Une parole forte, mais qui devra, pour convaincre, s’accompagner de résultats tangibles.