
Épidémie d’hantavirus à bord du MV Hondius : un ressortissant français identifié parmi les cas contacts
Alors que l’épidémie d’hantavirus détectée à bord du navire MV Hondius suscite une vigilance internationale croissante, la France se retrouve désormais directement concernée par l’enquête sanitaire. L’identification d’un ressortissant français parmi des cas contacts potentiels relance la coordination entre les autorités sanitaires et les instances européennes, dans un contexte marqué par la traçabilité des passagers et la prévention de tout risque de propagation sur le territoire national.
Ce qui devait être une croisière d’exception dans les eaux les plus reculées de l’Atlantique Sud s’est transformé en crise sanitaire internationale. À bord du MV Hondius, un navire d’expédition néerlandais parti d’Argentine pour un périple de 46 jours entre l’Antarctique, les îles Malouines, Sainte-Hélène et les Canaries, plusieurs passagers ont été frappés par une forme grave d’hantavirus. Depuis le début de l’épidémie présumée, trois personnes ont perdu la vie et plusieurs autres ont été contaminées, poussant les autorités sanitaires de plusieurs pays à lancer d’importantes opérations de traçage des contacts .
Mercredi 6 mai 2926, les autorités françaises ont confirmé qu’un ressortissant français figurait parmi les passagers d’un vol utilisé par l’une des personnes infectées avant son hospitalisation. Cette identification intervient dans le cadre des investigations coordonnées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui tente désormais de retrouver toutes les personnes susceptibles d’avoir été exposées au virus.

Vue d'ensemble du paquebot MV Hondius à proximité du port de Praia, capitale du Cap-Vert, le 3 mai 2026. | Source : Getty Images
Une croisière de luxe devenue foyer épidémique
Le MV Hondius, exploité par la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions, avait quitté Ushuaïa, en Argentine, le 20 mars dernier. À son bord se trouvaient environ 150 passagers ainsi qu’une soixantaine de membres d’équipage. Le voyage promettait une exploration spectaculaire des régions polaires et atlantiques les plus isolées du globe.
Mais au fil des semaines, plusieurs passagers ont commencé à présenter des symptômes inquiétants. Fièvre, douleurs musculaires, fatigue intense et difficultés respiratoires ont rapidement alerté l’équipage médical du navire.
Le premier décès enregistré à bord remonte au 11 avril. La victime, un biologiste néerlandais de 69 ans nommé Leo Schilperoord, aurait été le premier passager à développer les symptômes de la maladie. Son corps a été débarqué lors de l’escale à Sainte-Hélène, territoire britannique isolé dans l’Atlantique Sud.

Leo Schilperoord | Source : Facebook/Leo Schilperoord
Quelques jours plus tard, son épouse, Mirjam Schilperoord, elle aussi âgée de 69 ans, a été évacuée vers un hôpital de Johannesburg, en Afrique du Sud. Malgré les soins prodigués, elle est décédée le 26 avril. Le couple, très engagé dans la défense de l’environnement aux Pays-Bas, était connu localement pour ses combats associatifs et son intérêt de longue date pour les questions écologiques.
Une troisième victime a également succombé à la maladie, même si son identité n’a pas encore été rendue publique.
Un Britannique en soins intensifs et plusieurs cas suspects
Parmi les personnes encore hospitalisées figure un ressortissant britannique de 69 ans, actuellement pris en charge en soins intensifs à Johannesburg. Selon les autorités sanitaires sud-africaines, sa contamination par l’hantavirus a été confirmée.

Cette photo aérienne offre une vue d'ensemble du paquebot MV Hondius à son arrivée au port de Praia, la capitale du Cap-Vert, le 3 mai 2026. | Source : Getty Images
L’homme serait tombé malade peu après le départ du navire de Sainte-Hélène, alors que le bateau faisait route vers l’île de l’Ascension. Son état s’étant rapidement aggravé, il a été évacué par avion vers l’Afrique du Sud.
Deux membres d’équipage présentant également des symptômes suspects sont toujours à bord du navire, actuellement maintenu au large du Cap-Vert. Les autorités sanitaires locales ont procédé à des examens médicaux, mais aucune décision définitive n’a encore été prise concernant leur transfert vers des structures hospitalières terrestres.
La compagnie Oceanwide Expeditions affirme suivre la situation de près et assure que les malades bénéficient d’une prise en charge médicale adaptée. La dépouille de la troisième victime demeurerait par ailleurs toujours à bord du navire dans l’attente des dispositions nécessaires.

Cette photo aérienne offre une vue d'ensemble du paquebot MV Hondius à son arrivée au port de Praia, la capitale du Cap-Vert, le 3 mai 2026. | Source : Getty Images
La souche des Andes au cœur des inquiétudes
L’élément le plus préoccupant pour les autorités sanitaires concerne l’identification possible de la souche dite « Andes » de l’hantavirus.
Contrairement aux autres formes du virus, généralement transmises uniquement par les rongeurs, cette variante est la seule connue à ce jour pour pouvoir se transmettre entre êtres humains.
Le ministre sud-africain de la Santé, Aaron Motsoaledi, a confirmé mercredi qu’un passager du MV Hondius avait été infecté par cette souche particulière. Cette annonce a immédiatement renforcé les inquiétudes des autorités sanitaires internationales, qui redoutent désormais une propagation secondaire du virus parmi les voyageurs et les personnes ayant été en contact avec les malades.
Le ministère français de la Santé a indiqué que des analyses complémentaires étaient en cours depuis le 4 mai à bord du navire, sous la supervision de spécialistes de l’Institut Pasteur de Dakar. Les échantillons prélevés ont été transférés au Sénégal afin de déterminer précisément la nature de la souche virale.

Illustration d'un concept de dépistage du hantavirus, avec des tubes de laboratoire contenant des écouvillons en coton et des étiquettes « HANTAVIRUS », sur fond de silhouettes de rats évoquant la transmission par les rongeurs, photographiée à Paris, en France, le 4 mai 2026 I Source : Getty Images
Paris précise que si la présence de la souche Andes venait à être officiellement confirmée, des mesures sanitaires supplémentaires pourraient être mises en place lors du retour des ressortissants français présents à bord.
Une vaste opération de traçage des contacts
L’OMS et plusieurs agences sanitaires internationales ont lancé une vaste enquête épidémiologique pour identifier les personnes susceptibles d’avoir été exposées au virus.
En Afrique du Sud, les autorités ont déjà identifié 62 personnes considérées comme des cas contacts liés aux deux patients infectés ayant transité par le pays. Selon le ministre sud-africain de la Santé, 42 d’entre elles ont déjà été retrouvées et placées sous surveillance médicale.
Les recherches se poursuivent activement pour localiser les autres individus potentiellement exposés.

Deux personnes en combinaison de protection descendant d'un avion médical Bombardier Challenger 605 qui aurait transporté certains des passagers du paquebot MV Hondius, soupçonnés d'être infectés par le hantavirus, à l'aéroport de Schiphol à Amsterdam, le 6 mai 2026 I Source : Getty Images
En France, les autorités ont révélé qu’un citoyen français avait été identifié parmi les passagers d’un vol emprunté par l’une des victimes avant son hospitalisation. Les autorités sanitaires françaises suivent désormais cette personne dans le cadre du protocole de précaution mis en place.
Le Centre opérationnel de régulation et de réponse aux urgences sanitaires et sociales (CORRUSS) travaille en coordination avec le ministère français des Affaires étrangères afin d’anticiper un éventuel retour des ressortissants français présents sur le navire.
Le ministère de la Santé affirme également avoir sollicité Santé publique France, le COREB ainsi que le Centre national de référence des hantavirus afin de préparer d’éventuels dispositifs de prise en charge médicale.
Le navire placé sous strict contrôle sanitaire

Cette vue aérienne montre des membres du personnel de santé aidant des patients à monter à bord d'un bateau depuis le navire de croisière MV Hondius, alors que celui-ci était à quai dans le port de Praia, la capitale du Cap-Vert, le 6 mai 2026 I Source : Getty Images
Le MV Hondius demeure actuellement sous surveillance sanitaire étroite. Les autorités du Cap-Vert n’ont pour l’instant autorisé aucun débarquement des passagers ou de l’équipage.
Des mesures de précaution ont été instaurées à bord, notamment l’isolement des personnes symptomatiques et la réduction maximale des interactions entre passagers.
L’OMS a confirmé qu’au moins un cas d’hantavirus avait été validé en laboratoire. Toutefois, de nombreuses analyses demeurent en cours afin de mieux comprendre l’origine exacte de l’épidémie et ses éventuels modes de transmission.
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a d’ailleurs appelé à la prudence. Dans un communiqué, sa directrice Pamela Rendi-Wagner a estimé que « de nombreuses incertitudes subsistent » autour de cette épidémie.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), chargé de la lutte contre le nouveau coronavirus COVID-19, photographié le 3 mars 2020 à Solna, en Suède I Source : Getty Images
Selon l’agence européenne, il est essentiel d’adopter une approche préventive stricte afin de limiter les risques de nouvelles contaminations.
L’OMS veut éviter toute panique
Alors que certains observateurs évoquent déjà les souvenirs du début de la pandémie de Covid-19, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a tenté de calmer les inquiétudes.
Interrogé à Genève par l’AFP sur le niveau d’alerte lié au foyer épidémique du MV Hondius, il a déclaré ne pas penser que la situation soit comparable aux premières semaines de la crise du Covid-19.
L’OMS insiste néanmoins sur la nécessité de poursuivre les investigations et de maintenir une vigilance élevée, notamment tant que la souche exacte du virus n’aura pas été définitivement identifiée.
Qu’est-ce que l’hantavirus ?

Un campagnol des rives (Myodes glareolus), photographié le 17 avril 2026. Le campagnol des rives est également connu sous le nom de campagnol des bois. Il peut transmettre l'hantavirus et la leptospirose, deux maladies dangereuses pour l'homme. | Source : Getty Images
L’hantavirus est une maladie virale rare principalement transmise par les rongeurs infectés. La contamination survient généralement lors de l’inhalation de particules contaminées provenant d’urine, de salive ou d’excréments de rongeurs.
Les infections apparaissent souvent dans des lieux fermés et peu ventilés, comme des cabanes, des entrepôts ou des remises.
Les premiers symptômes ressemblent fréquemment à ceux d’une grippe classique : forte fièvre, douleurs musculaires, maux de tête, frissons et fatigue intense. Cette similitude complique souvent le diagnostic dans les premiers jours.
Dans les formes les plus sévères, le virus peut provoquer un syndrome pulmonaire grave entraînant une accumulation de liquide dans les poumons et une importante détresse respiratoire.

Photo d'illustration, on voit des échantillons d'hantavirus à Ankara, en Turquie, le 6 mai 2026 I Source : Getty Images
Le taux de mortalité du syndrome pulmonaire à hantavirus est particulièrement élevé, avoisinant 35% selon les données sanitaires internationales.
Une autre forme de la maladie, appelée fièvre hémorragique avec syndrome rénal, présente une létalité plus faible mais peut néanmoins provoquer de graves complications.
Aucun traitement, aucun vaccin
À ce jour, aucun traitement antiviral spécifique ni vaccin n’existent contre l’hantavirus. Les médecins misent principalement sur une prise en charge précoce et des soins intensifs pour améliorer les chances de survie.

Cette photo aérienne offre une vue d'ensemble du paquebot MV Hondius à son arrivée au port de Praia, la capitale du Cap-Vert, le 3 mai 2026. | Source : Getty Images
Les autorités sanitaires rappellent aujourd’hui que la meilleure protection reste la prévention : éviter tout contact avec les rongeurs et leurs déjections, porter des équipements de protection lors du nettoyage de lieux potentiellement contaminés et ne jamais balayer ou aspirer des surfaces suspectes afin d’éviter la mise en suspension de particules virales.
Pour les passagers du MV Hondius, l’attente continue désormais dans un climat d’incertitude sanitaire et d’inquiétude croissante, tandis que les autorités internationales tentent encore de déterminer l’ampleur réelle de cette épidémie inhabituelle en haute mer.