
Hantavirus : la France en alerte et prépare son dispositif de surveillance sanitaire — Voici les mesures à suivre
Une épidémie d’hantavirus détectée à bord du navire MV Hondius mobilise les autorités sanitaires internationales. La chaîne de contamination présumée a conduit à plusieurs cas graves et des décès. La France renforce sa vigilance avec un dispositif d’alerte encadré par la DGS.
L’histoire commence loin des projecteurs, dans les paysages froids et ventés de la Terre de Feu, à l’extrême sud de l’Amérique latine. Là où l’océan Atlantique et le Pacifique semblent se confondre dans un horizon brouillé, une expédition ornithologique, à première vue ordinaire, va déclencher une chaîne d’événements sanitaires qui finira par mobiliser les autorités de plusieurs continents.
Bien avant que les hôpitaux parisiens ne soient alertés et que les protocoles d’urgence ne soient activés en France, un couple de passionnés de nature, originaires des Pays-Bas, parcourt la région d’Ushuaïa, en Argentine.

Le paquebot MV Hondius au large du port de Praia, capitale du Cap-Vert, le 5 mai 2026. | Source : Getty Images
Leo et Mirjam Schilperoord, tous deux ornithologues amateurs reconnus dans leur cercle scientifique, ont entrepris un long voyage d’observation des oiseaux rares d’Amérique du Sud. Leur itinéraire les conduit notamment près d’une décharge municipale située à plusieurs kilomètres de la ville, un lieu fréquenté par certaines espèces emblématiques comme le Caracara de Darwin.
Selon les éléments recueillis par les enquêteurs argentins, cette zone pourrait constituer le point de départ de l’exposition au virus. Les autorités privilégient l’hypothèse d’une contamination environnementale, par inhalation de particules en suspension dans l’air, potentiellement contaminées par des déjections de rongeurs infectés.
C’est dans ces conditions que le couple aurait contracté une forme rare de hantavirus, dite « souche andine », connue pour sa dangerosité et sa capacité exceptionnelle, bien que rare, à se transmettre entre humains.

Leo Schilperoord | Source : Facebook/Leo Schilperoord
Une traversée qui bascule dans le drame
Quelques jours après cette escale en Terre de Feu, le 1er avril 2026, le couple embarque à bord du navire d’expédition MV Hondius, un bateau accueillant plus de 140 passagers de nationalités diverses, dont plusieurs scientifiques et passionnés de faune sauvage. L’ambiance à bord est celle d’une croisière d’observation polaire, entre conférences naturalistes et excursions en mer.
Mais très vite, les premiers signaux inquiétants apparaissent. Le 6 avril, Leo Schilperoord présente des symptômes évoquant une grippe sévère : fièvre élevée, douleurs abdominales, céphalées intenses et troubles digestifs. L’état de santé de l’ornithologue se dégrade rapidement. En quelques jours seulement, le tableau clinique évolue vers une forme grave. Il décède à bord du navire le 11 avril.
Sa disparition, d’abord isolée, est alors interprétée comme un événement médical tragique mais sans lien épidémiologique évident. Pourtant, la suite va rapidement changer la lecture des faits.

Cette photo aérienne offre une vue d'ensemble du paquebot MV Hondius à son arrivée au port de Praia, la capitale du Cap-Vert, le 3 mai 2026. | Source : Getty Images
Après avoir débarqué pour accompagner le corps de son époux, Mirjam Schilperoord poursuit son trajet vers l’Afrique du Sud avant de tenter de rejoindre les Pays-Bas. Elle développe à son tour des symptômes sévères et s’effondre lors d’une escale aéroportuaire. Elle décède peu après. Ce double décès, survenu en quelques jours, commence à alerter les autorités sanitaires internationales.
Une propagation silencieuse à bord du navire
Dans les jours qui suivent, le MV Hondius devient l’objet d’une enquête épidémiologique minutieuse. Les autorités soupçonnent une contamination à bord, potentiellement favorisée par les espaces clos du navire et la proximité entre passagers.
Parmi les voyageurs, plusieurs cas suspects apparaissent. Des passagers développent des symptômes similaires dans les jours suivant l’exposition. Les autorités sanitaires identifient rapidement des dizaines de contacts potentiels, déclenchant un protocole de suivi strict.

Des passagers transportent leurs effets personnels dans des sacs en plastique après avoir été évacués du MV Hondius à son arrivée au port de Granadilla, le 10 mai 2026, à Ténérife, dans l'archipel des Canaries, en Espagne. | Source : Getty Images
Les investigations révèlent alors une hypothèse plus inquiétante : la souche andine du hantavirus pourrait, dans certaines conditions, permettre une transmission entre humains, un phénomène extrêmement rare mais documenté dans quelques foyers historiques.
Une chaîne internationale de cas suspects
Au fil de la traçabilité des déplacements, le foyer suspect dépasse rapidement le cadre du navire. Des passagers ayant transité par plusieurs vols internationaux sont identifiés.
Parmi eux, plusieurs voyageurs ayant emprunté des liaisons aériennes entre Sainte-Hélène, Johannesburg et Amsterdam sont placés sous surveillance médicale. Un groupe de passagers français rapatriés est hospitalisé à Paris dans des unités spécialisées. L’un des cas évolue défavorablement et nécessite une prise en charge en réanimation.

Un passager transporte ses affaires dans un sac en plastique vers un bus qui l'attend après avoir été évacué du MV Hondius à son arrivée au port de Granadilla, le 10 mai 2026, à Ténérife, dans l'archipel des Canaries, en Espagne. | Source : Getty Images
Une période d’incubation de deux à six semaines
Le 11 mai, les autorités sanitaires confirment l’existence d’un cas positif sur le territoire français, tandis que plusieurs autres cas restent en cours d’investigation.
Selon les données communiquées, les contacts identifiés sont placés sous surveillance renforcée, dans des dispositifs d’isolement hospitalier ou à domicile selon les profils de risque.
Au niveau international, l’Organisation mondiale de la santé suit de près la situation. Les experts rappellent que la période d’incubation du hantavirus peut s’étendre de deux à six semaines, rendant possible l’apparition de nouveaux cas dans les jours ou semaines suivant l’exposition.
Les scientifiques insistent sur la nature complexe de ce virus, transmis principalement par les rongeurs via leurs excréments, leur urine ou leur salive. La contamination survient le plus souvent par inhalation de particules infectées en suspension dans l’air.
Une maladie rare mais redoutée
Le hantavirus demeure une infection rare mais grave. Ses premiers symptômes sont trompeurs : fièvre, fatigue, douleurs musculaires, troubles digestifs. Cette phase initiale peut laisser croire à une infection virale banale.
Cependant, l’évolution peut être brutale. Dans les formes sévères, le virus provoque une accumulation de liquide dans les poumons, entraînant une insuffisance respiratoire aiguë.

Un campagnol des rives (Myodes glareolus), photographié le 17 avril 2026. Le campagnol des rives est également connu sous le nom de campagnol des bois. Il peut transmettre l'hantavirus et la leptospirose, deux maladies dangereuses pour l'homme. | Source : Getty Images
Les données disponibles indiquent un taux de mortalité élevé dans les formes pulmonaires sévères, ce qui explique la vigilance extrême des autorités sanitaires.
À ce jour, aucun traitement antiviral spécifique ni vaccin n’est disponible. La prise en charge repose exclusivement sur des soins intensifs de soutien.
Une réponse sanitaire française sous haute vigilance
C’est dans ce contexte que les autorités sanitaires françaises ont activé une réponse renforcée.
Dans un document classé « DGS urgent » diffusé le lundi 11 mai en fin de journée, la Direction générale de la santé a adressé des recommandations détaillées à l’ensemble des médecins et pharmaciens du territoire.

Des ambulances transportant des passagers de nationalité française du MV Hondius, à bord duquel un foyer d'infection par le hantavirus a été détecté, arrivent à l'hôpital Bichat à Paris le 10 mai 2026, après que l'avion chargé de les rapatrier a atterri à l'aéroport du Bourget, dans la banlieue parisienne I Source : Getty Images
Ce document vise à organiser la détection précoce de cas suspects et à encadrer strictement la prise en charge des personnes potentiellement exposées.
Stocks de masques FFP2
Les professionnels de santé sont invités à identifier comme cas suspects toute personne ayant été en contact rapproché avec un cas confirmé ou probable et présentant, dans un délai pouvant aller jusqu’à six semaines, des symptômes évocateurs : fièvre, syndrome grippal, troubles digestifs ou respiratoires.
En cas de suspicion, les consignes sont strictes : contact immédiat avec le SAMU et l’Agence régionale de santé, isolement immédiat du patient et port obligatoire d’un masque FFP2.

Des membres du SAMU à côté d'un véhicule à l'aéroport de Paris-Le Bourget, où un avion chargé de rapatrier les ressortissants français passagers du MV Hondius, à bord duquel un foyer d'hantavirus a été détecté, doit atterrir, au Bourget, en banlieue parisienne, le 10 mai 2026 I Source : Getty Images
Les autorités recommandent également aux professionnels de santé d’anticiper une montée en vigilance logistique, notamment par la constitution de stocks de masques FFP2 dans les cabinets médicaux.
Il est toutefois précisé qu’à ce stade, aucune mesure de dépistage systématique n’est recommandée pour la population générale, en l’absence de circulation communautaire avérée sur le territoire.
Une conférence pour clarifier la situation
En parallèle de ces mesures, une conférence de presse est annoncée pour 16h45 le 12 mai, réunissant plusieurs figures de la santé publique et de la recherche médicale.

Hôpital Bichat-Claude-Bernard I Source : Getty Images
Seront notamment présents des infectiologues de l’hôpital Bichat, des virologues de l’Institut Pasteur, des épidémiologistes ainsi que la direction de Santé publique France.
Cette prise de parole vise à faire le point sur la situation épidémiologique, à clarifier les risques réels de transmission et à répondre aux interrogations croissantes de la population.
Les autorités françaises insistent sur la nécessité d’une communication transparente mais mesurée, rappelant que le risque de diffusion large reste, à ce stade, limité.

Des panneaux d'avertissement concernant l'hantavirus installés un peu partout dans le Curry Village, au parc national de Yosemite, en Californie, le 28 août 2012. | Source : Getty Images
Une surveillance appelée à durer
Alors que les investigations se poursuivent à l’échelle internationale, les experts estiment que la situation pourrait évoluer dans les semaines à venir, en raison de la durée d’incubation du virus et du nombre important de personnes exposées.
Les autorités sanitaires, en France comme à l’étranger, poursuivent donc le suivi des cas contacts et le recoupement des trajectoires de passagers.
Au-delà du cas isolé du MV Hondius, cet épisode rappelle la capacité des zoonoses à émerger dans des contextes inattendus, à la croisée des mobilités internationales, des écosystèmes naturels et des chaînes de transmission humaines.

Des scientifiques en blouse de laboratoire, réalisant une étude | Source : Getty Images
Pour les autorités comme pour les chercheurs, une certitude demeure : l’enquête épidémiologique est encore loin d’être terminée.