
Andréa Ferréol sur Omar Sharif : « Je savais qu’il allait me faire rater ma vie »
Elle a aimé Omar Sharif comme on aime une évidence, sans calcul ni protection. Des espoirs déçus à la fidélité affective jusqu’à la solitude d’aujourd’hui, Andréa Ferréol raconte, avec une lucidité bouleversante, une passion hors normes qui a façonné toute une vie.
Il y a des amours qui ne ressemblent à aucune autre histoire. Des amours sans contrat, sans promesse, sans avenir écrit. Des amours qui brûlent tout, sauf l’espoir — et parfois même lui. Celui qu’Andréa Ferréol a vécu avec Omar Sharif appartient à cette catégorie rare et douloureuse : un amour immense, conscient de son impossibilité, mais incapable de s’éteindre.

Andréa Ferréol assiste à la séance photo « Chœur de rockers » lors du 15e Festival du film francophone d'Angoulême - Quatrième jour, le 26 août 2022 à Angoulême, en France I Source : Getty Images
Lorsqu’elle en parle aujourd’hui, la comédienne ne cherche ni à embellir ni à se protéger. Elle dit les choses avec une lucidité presque désarmante. « J’étais folle amoureuse d’Omar. Il le savait, il l’avait très bien compris », affirme-t-elle face à Maïtena Biraben dans un récent épisode de La Grande Interview sur le site de Mesdames. Tout est déjà là, dans cette phrase simple : l’évidence du sentiment, sa transparence, et l’asymétrie qu’elle contient. Car aimer, dans cette histoire, ne voulait pas dire recevoir.
Très vite, Andréa Ferréol comprend qu’elle n’obtiendra rien de ce qu’elle espérait. Pas de mariage. Pas de vie commune au sens classique du terme. Pas de projet partagé qui s’inscrirait dans la durée. Elle le sait, elle le dit, elle l’accepte même, du moins en apparence. « J’espérais me marier avec lui, c’était niet. J’avais compris très vite. J’espérais vivre ensemble tout le temps, ce n’était pas possible non plus. » Et pourtant, elle reste.

L'inoubliable comédien Omar Sharif. l Source : Getty Images
Elle reste parce que l’amour, parfois, ne se négocie pas. Parce qu’il ne se raisonne pas. Parce qu’il s’impose comme une évidence à laquelle on se soumet, même en sachant qu’elle vous coûtera cher. « Malgré ça, je suis restée, restée, parce que je ne pouvais pas faire autrement. »
Ce qui la frappe encore aujourd’hui, c’est la singularité de ce lien. Andréa Ferréol a aimé d’autres hommes. Elle le dit sans détour. Des amours grecques, italiennes, des histoires intenses mais finies. Des histoires dont elle a su se détacher. Avec Omar Sharif, c’était différent. Radicalement différent. « Là, je ne pouvais pas me détacher. »

Omar Sharif en compagnie d'Andréa Ferréol à Deauville le 3 septembre 1984. l Source : Getty Images
Il y avait une vie partagée, oui. Des moments de bonheur, des instants de grâce, une complicité réelle. Mais toujours avec cette limite invisible, infranchissable. Une frontière que l’on ne nomme pas, mais que l’on ressent.
Cette lucidité l’accompagne tout au long de la relation. Andréa Ferréol sait. Elle comprend. Elle pressent même le prix à payer. « Je savais qu’il allait me faire rater ma vie. » Elle s’arrête aussitôt, comme pour se corriger, préciser, nuancer. Rater sa vie, ce n’est pas échouer professionnellement. Ce n’est pas manquer de reconnaissance. C’est autre chose, de plus intime : aimer sans retour équivalent, donner sans jamais recevoir pleinement, et avancer vers une solitude annoncée.

Jean Yanne, sa femme Mimi Coutelier, Andrea Ferreol, Yanou Collard, Omar Sharif et Anne Parillaud célèbrent l'anniversaire de Yanou Collard en 1980 I Source : Getty Images
Cette solitude, elle la vit aujourd’hui encore. Depuis la disparition d’Omar Sharif, elle n’a plus partagé sa vie avec personne. Non pas parce qu’elle n’en serait pas capable, mais parce qu’elle ne s’est pas accordé le droit de tourner la page. « Je ne me suis pas donné le temps de me dire : tu n’auras rien, va-t’en, reste amie, mais va-t’en. Si tu veux faire ta vie avec un homme, cherche ailleurs. »
Il y a, dans cette confession, quelque chose de profondément humain. La difficulté de renoncer, même quand on sait que rester fait mal. La tentation de préférer une douleur connue à un vide incertain.

L'acteur égyptien Omar Sharif, dans le rôle du docteur Youri Jivago, dans un portrait promotionnel pour « Docteur Jivago », réalisé par David Lean, 1965 I Source : Getty Images
Et pourtant, Andréa Ferréol ne résume pas cette histoire à la souffrance. Elle parle aussi du bonheur. Un bonheur intense, fou, incandescent. « J’ai été très heureuse, oui. C’était fou en même temps. » Mais un bonheur traversé par la jalousie, par les larmes, par l’attente. « J’étais très jalouse. J’ai beaucoup pleuré. »
Aujourd’hui, le temps a passé. Le regard a changé, sans que le cœur ne se ferme totalement. Elle se dit ouverte à une nouvelle rencontre, mais avec un sourire mêlé d’ironie et de réalisme. Elle observe les hommes de son âge, souvent tournés vers des femmes plus jeunes, et balaie d’un revers de main l’idée d’une relation avec quelqu’un de bien plus âgé qu’elle. « Un homme de 90 ans ou 85 ans ? Ça ne m’intéresse pas du tout. »

L'actrice Andrea Ferreol pose lors d'une séance photo à Paris, en France, le 24/05/2023 I Source : Getty Images
Elle sait ce qu’elle veut désormais : un homme plus jeune. « Cinquante, cinquante-cinq ans. C’est parfait. » Elle en rit presque, avec cette liberté de parole qui la caractérise. Mais derrière l’humour, il y a une vérité plus profonde : « Je leur fais peur. » Autoritaire, forte, affirmée, elle incarne une féminité qui ne cherche pas à se faire petite. Elle le sait, elle l’assume. Elle reconnaît que cela peut intimider. Mais elle ne s’en excuse pas.
Aimerait-elle encore partager sa vie ? « Probablement, oui. » Le mot est prudent, mais chargée d’une sincérité désarmante. « S’il y a des hommes qui me regardent… bonjour, à bientôt. »
Chez Andréa Ferréol, l’amour n’a jamais été tiède. Il a été absolu, exigeant, parfois destructeur, mais toujours vrai. Avec Omar Sharif, elle a connu un amour sans promesse, mais pas sans sens. Un amour qui marque à jamais, et qui, même dans l’absence, continue de raconter quelque chose de la vie, du désir et du courage d’aimer jusqu’au bout.