
Pause forcée pour Shy’m : les raisons dévoilées
Il y a des silences qui inquiètent plus que des mots. Depuis plusieurs semaines, celui de Shy’m pesait lourd. Sur scène, les projecteurs continuaient de briller. Les talons claquaient toujours sur le parquet du théâtre. Mais derrière les rideaux, une absence s’installait, tenace, incomprise.
Le 13 février 2026, l’artiste a finalement brisé le silence sur Instagram. Pas de communiqué froid, pas de formule impersonnelle. Des mots à vif, presque fragiles. « Une bosse sur la tête quand tu n’es pas la Boss que tu penses être… » écrit-elle sur Instagram, dans un jeu de mots qui dit tout : la chute de l’ego, le rappel brutal du corps, l’humilité imposée.

Tamara Marthe, alias Shy'm, assiste au défilé Haute Couture Automne/Hiver 2024-2025 de Stéphane Rolland dans le cadre de la Fashion Week de Paris, le 25 juin 2024 à Paris, en France I Source : Getty Images
Depuis décembre dernier, la chanteuse traverse des semaines difficiles. Une première interruption avait eu lieu le 12 décembre, sans explication publique. Une pause soudaine, qui s’était étirée sur près de six semaines. Le 24 janvier 2026, elle était revenue presque discrètement, sans annonce tonitruante, comme si elle espérait reprendre le fil sans bruit. Mais moins de trois semaines plus tard, son corps l’a stoppée net.
« Je ressens encore des étourdissements quotidiens qui m’empêchent de monter sur scène et je suis contrainte de devoir prolonger mon absence », confie-t-elle. Les mots sont simples. Ils disent la réalité physique, implacable. Monter sur scène demande une maîtrise totale de l’équilibre, une précision millimétrée. Quand la tête tourne, quand le sol vacille, le spectacle devient impossible.
Pendant cette nouvelle absence, Shy’m est remplacée par sa doublure, Lisa Lanteri, qui avait déjà assuré l’intérim durant les fêtes. Sur les planches, le show continue, selon Voici. Velma danse toujours. La troupe tient le cap. Mais l’âme de l’interprète manque, et elle le sait. « Velma, la troupe et vous, me manquez terriblement », écrit-elle avec une sincérité désarmante.
Derrière l’artiste flamboyante, il y a une femme qui connaît depuis longtemps la fragilité. Depuis plusieurs années, Shy’m parle ouvertement de son émétophobie, un trouble rare qui toucherait environ 0,5% de la population. Cette peur intense de vomir, de ressentir des nausées ou même d’entendre quelqu’un vomir peut sembler anodine pour certains. Elle ne l’est pas. Elle peut envahir le quotidien, limiter les déplacements, rendre les transports anxiogènes, transformer la moindre sensation corporelle en alarme intérieure.
Dans une interview en 2017, elle avait déjà levé le voile sur cette angoisse. « Ça m’angoisse, j’ai l’impression que je vais mourir si ça m’arrive », confiait-elle. Une phrase qui traduit l’intensité d’une peur irrationnelle mais profondément réelle. Enfant, elle avait développé des stratégies mentales pour survivre à ces vagues d’angoisse : imaginer une cascade d’eau pure, fixer son esprit sur une image apaisante jusqu’à ce que la panique reflue.
Elle évoquait aussi sa claustrophobie, son malaise face à la chaleur, cette difficulté à garder le visage trop longtemps sous le pommeau de douche. Autant de détails qui contrastent avec l’image d’icône audacieuse qu’elle projette sur scène. Car Shy’m, c’est d’abord une silhouette assurée, une voix puissante, une présence magnétique.
La danse a été son salut. Adolescente, poussée par sa mère à sortir de son cocon, elle découvre ce langage du corps. « La danse a été comme une thérapie », raconte-t-elle. Elle lui a offert un espace où canaliser ses angoisses, transformer l’énergie de la peur en mouvement maîtrisé. Sur scène, elle devenait une autre. « À travers elle, j’ai réalisé beaucoup de fantasmes, à commencer par être une femme sûre d’elle… alors que dans la vie de tous les jours, j’étais plutôt cachée. »
Cette dualité l’accompagne encore aujourd’hui. À l’aube de ses quarante ans, devenue mère, elle parle d’une maturité nouvelle, presque d’une revanche sur la timidité d’autrefois. Mais la maternité apporte aussi un autre rapport au corps : plus attentif, plus conscient des limites.

La chanteuse française Tamara Marthe, également connue sous le nom de Shy'm, pose pour une séance photo lors du 21e dîner de mode contre le sida (« Dîner de la Mode » en français), un événement caritatif organisé par l'association française de lutte contre le sida Sidaction, qui s'est tenu au Palais de Tokyo, en marge de la Fashion Week de Paris, le 25 janvier 2024 I Source : Getty Images
Dans son message du 13 février 2026, elle insiste sur l’humilité. « Mon corps m’a dit c’est aujourd’hui et je n’ai pas le choix d’obéir. » Il y a dans cette phrase une acceptation lucide. L’artiste habituée à dominer la scène reconnaît qu’elle ne domine pas tout. Que la volonté ne suffit pas toujours. Que la performance a un prix.
Elle remercie les fans inquiets, s’excuse auprès des mécontents, salue sa « famille de Chicago » et la production. Aucun ressentiment, seulement la conscience d’une responsabilité partagée. Le spectacle doit continuer, mais pas au détriment de la santé.
Pour le public, l’attente sera sans doute frustrante. Mais cette pause raconte aussi quelque chose de notre époque : la fin du mythe de l’artiste invincible. Shy’m ne dissimule pas ses failles. Elle les expose, parfois maladroitement, toujours honnêtement. Elle parle des maux visibles et invisibles qu’il faut soigner avant de prétendre incarner la force.

Waku Malanda, Jacques Preiss, Tamara Marthe alias Shy'm et Vanessa Cailhol se produisent lors de la journée presse de « Chicago, Le Musical » le 13 novembre 2025 à Paris, en France I Source : Getty Images
Dans un monde où les réseaux sociaux exigent présence constante et performance permanente, son silence puis sa parole mesurée ont valeur de signal. Il est permis de s’arrêter. Il est permis de dire « je ne suis pas prête ».
La priorité, assure-t-elle, est de revenir vite. Revenir debout, stable, prête à danser sans que le sol ne se dérobe. En attendant, elle invite son public à soutenir le show, à applaudir la troupe, à continuer d’aimer ce spectacle incroyable et ces artistes d’un talent rare.