
Les obsèques émouvantes de Bruno Salomone — Photos
L’émotion était à son comble à Joinville-le-Pont, où proches, amis et figures du monde artistique se sont réunis pour rendre un dernier hommage à Bruno Salomone, disparu à 55 ans après un long combat contre la maladie.
Ils étaient venus nombreux, en ce lundi 23 mars 2026, comme on se rassemble lorsque les mots manquent et que seule la présence suffit. Dans l’intimité recueillie de l’église Sainte-Anne de Polangis, à Joinville-le-Pont, s’est tenue la cérémonie des obsèques de Bruno Salomone, disparu le 15 mars à l’âge de 55 ans, emporté par un cancer contre lequel il luttait depuis plusieurs années. Un lieu discret, presque effacé, à l’image de cet artiste pudique, dont la vie s’est tenue à distance du fracas inutile, préférant l’éclat du rire aux lumières trop vives de la notoriété.

Jean Dujardin porte le cercueil de Bruno Salomone lors des funérailles de ce dernier, le 23 mars 2026 à Joinville-le-Pont, en France I Source : Getty Images
Un adieu empreint d’amour
Dès les premiers instants, l’émotion s’est imposée comme une évidence. Parmi les proches, une silhouette retenait tous les regards : celle d’Audrey, son épouse, dissimulant son chagrin derrière de larges lunettes noires. Mais les larmes, elles, ne se cachent pas. Elles débordent, silencieuses, irrépressibles, comme pour dire l’injustice d’une absence devenue réalité.
Leur histoire, profondément intime, s’est scellée dans les derniers instants de la vie de l’acteur. Comme l’a confié Guillaume de Tonquédec, Bruno Salomone avait demandé la main de celle qui partageait sa vie depuis des années… sur son lit d’hôpital. Un geste d’amour absolu, presque suspendu hors du temps, qui résume à lui seul la profondeur d’un homme dont la sensibilité n’avait d’égale que la discrétion.

David Salles et Audrey Salomone assistent aux funérailles de Bruno Salomone le 23 mars 2026 à Joinville-le-Pont, en France I Source : Getty Images
Jean Dujardin, la voix de l’amitié
Au cœur de la cérémonie, un moment a suspendu le souffle de l’assemblée : l’hommage de Jean Dujardin. La voix tremblante, les silences lourds de sens, l’acteur a tenté de dire l’indicible, selon Paris Match. Car comment résumer une amitié de plus de trente ans ? Comment dire celui qui faisait rire, mais surtout celui qui savait écouter ?
« On n’a pas du tout envie de te dire au revoir », a-t-il lancé, comme une évidence partagée. Puis les mots se sont faits plus précis, presque charnels : le sourire, le regard, les « multitêtes », les « multivoix », cette écriture singulière, absurde et poétique, qui faisait de Bruno Salomone un artisan rare du rire.

Jean Dujardin et Éric Massot marchent derrière le corbillard lors des funérailles de Bruno Salomone, le 23 mars 2026 à Joinville-le-Pont, en France I Source : Getty Images
Leur histoire commune remonte aux débuts, à cette troupe devenue culte : les Nous Ç Nous. Avec Éric Massot, Emmanuel Joucla et Éric Collado, ils avaient inventé un langage, un ton, une manière d’habiter la scène. Un humour à la fois absurde et profondément humain, où l’imitation devenait une forme d’écoute du monde.
Dans un dernier souffle d’émotion, Jean Dujardin a conclu : « On était cinq Nous Ç Nous, on restera cinq… et même six avec Audrey. » Une phrase simple, mais qui dit tout de la fidélité, de la fraternité, et de ce lien indéfectible qui survit à la disparition.

(de gauche à droite) Manu Joucla, Éric Collado, Jean Dujardin et Éric Massot marchent derrière le corbillard lors des funérailles de Bruno Salomone, le 23 mars 2026 à Joinville-le-Pont, en France I Source : Getty Images
Une pluie d’hommages
Au-delà de l’église, c’est tout un paysage artistique qui s’est incliné. Dès l’annonce de la triste nouvelle, les hommages se sont multipliés, comme autant d’éclats d’une mémoire collective.
Laurence Boccolini a évoqué « un chemin trop court », quand Kev Adams saluait « un mec en or ». Nagui, lui, parlait de « classe » et de « gentillesse », ces qualités invisibles qui, souvent, fondent les plus grandes présences.

Funérailles de Bruno Salomone, le 23 mars 2026 à Joinville-le-Pont, en France I Source : Getty Images
D’autres ont choisi le silence ou la simplicité. Florence Foresti n’a écrit qu’un mot : « Grand ». Un mot unique, mais d’une densité rare.
Pour Valérie Bonneton, la douleur était plus intime. Pendant dix ans, elle a partagé avec lui l’aventure de la série « Fais pas ci, fais pas ça », où ils formaient un duo devenu familier des téléspectateurs. « C’est comme si c’était un membre de la famille qui partait », a-t-elle confié. Et à travers elle, c’est toute une génération qui voit disparaître une figure familière, presque domestique, tant son visage s’était inscrit dans les foyers.

Valérie Bonneton (à gauche) assiste aux funérailles de Bruno Salomone le 23 mars 2026 à Joinville-le-Pont, en France I Source : Getty Images
La pudeur face à la maladie
Le témoignage de Hélène de Fougerolles éclaire une autre facette de Bruno Salomone : celle d’un homme discret face à la souffrance. Il parlait peu de sa maladie, refusant la compassion, préférant préserver la légèreté qui le définissait.
Sur les tournages du « Le Secret d’Élise » ou de « Mentions particulières », où ils incarnaient souvent un couple, il restait ce partenaire attentif, présent, lumineux. Même dans l’épreuve, il continuait d’écrire, de penser, de sourire.

Une photo de Bruno Salomone est portée en tête du cortège, devant le corbillard, lors du trajet vers le cimetière à l'occasion des funérailles de Bruno Salomone, le 23 mars 2026 à Joinville-le-Pont, en France I Source : Getty Images
« Merci, je vais me battre », écrivait-il encore dans ses derniers messages. Une phrase simple, mais qui résonne aujourd’hui comme un testament de courage.
Une carrière entre rire et justesse
Avant d’être ce visage familier du petit écran, Bruno Salomone était d’abord un homme de scène. Avec les Nous Ç Nous, il avait imposé un style unique, fondé sur le décalage, l’observation fine, et une capacité rare à incarner des personnages multiples.

Plaque funéraire et fleurs dans le corbillard lors des funérailles de Bruno Salomone, le 23 mars 2026 à Joinville-le-Pont, en France I Source : Getty Images
C’est cette richesse qui lui permettra ensuite de traverser les genres. Du cinéma populaire, notamment aux côtés de Jean Dujardin dans Brice de Nice, à la télévision, où il trouvera une reconnaissance plus large encore.
Dans Fais pas ci, fais pas ça, il incarnait Denis Bouley, père tendre, maladroit, profondément humain. Un rôle qui, au fil des saisons, a gagné en épaisseur, révélant un acteur capable de naviguer entre comédie et émotion avec une fluidité remarquable.

Une foule de personnes en deuil regarde le cercueil être transporté hors de l'église Sainte-Anne de Polangis lors des funérailles de Bruno Salomone, le 23 mars 2026 à Joinville-le-Pont, en France I Source : Getty Images
La série, arrêtée en 2017, avait connu plusieurs retours, preuve de son ancrage dans le cœur du public. Mais avec la disparition de Bruno Salomone, c’est une part de cet univers qui s’éteint définitivement.
Sa dernière apparition remonte à la série À priori, diffusée sur France 3. Une présence discrète, presque en filigrane, comme s’il s’effaçait déjà, laissant derrière lui une œuvre sans éclat tapageur, mais profondément sincère.

Guillaume de Tonquédec et Bruno Solo assistent aux funérailles de Bruno Salomone le 23 mars 2026 à Joinville-le-Pont, en France I Source : Getty Images
Le souvenir d’un homme rare
Au-delà de la carrière, au-delà même des hommages, demeure l’essentiel : le souvenir d’un homme. Ceux qui l’ont connu parlent d’une « ultrasensibilité », d’une écoute rare, d’une capacité à saisir les nuances invisibles.
Bruno Salomone n’était pas seulement un comédien. Il était un observateur du monde, un artisan du détail, un amoureux des mots et des silences. Son humour, parfois absurde, trouvait toujours sa source dans une vérité humaine.

Bruno Salomone participe à la séance photo du film « Dans l'ombre de Marlow » lors du 17e Festival du film francophone d'Angoulême, le 29 août 2024 à Angoulême, en France I Source : Getty Images
Ce lundi, dans cette église de Joinville-le-Pont, ce n’est pas seulement un artiste que l’on a accompagné. C’est une voix singulière, un regard, une manière d’être au monde.
Et peut-être, comme l’a murmuré Jean Dujardin, que rien ne s’arrête vraiment. Que quelque part, dans ce territoire invisible où se logent les souvenirs, Bruno Salomone continue de faire rire — doucement, discrètement, comme il l’a toujours fait.